C’est en tous cas ce que dit la biographie signée Eric Jean-Jean. Mais qu’en est-il vraiment ? C’est un agréable choc qui attend vos esgourdes lorsque les premières mesures de « Quelques minutes » claquent.
Malgré son jeune âge, Yohann, alias Zveig (pseudo choisi tant pour ses origines que pour son admiration du génial auteur d’ « Ivresse de la métamorphose »), n’est pas un débutant. Sous ses boucles qui lui confèrent un air angélique, il est ce que l’on appelle un « artiste intégral ». Il assure tout de A à Z, jusqu’à superviser ses visuels. Il n’aura suffit qu'un désir personnel, de créer un album abouti, fabriqué à la sueur des concerts et des arrangements, pour accoucher de « Quelques minutes ».
Si le très efficace titre éponyme de l’album a été choisi comme prélude, c’est dans les autres morceaux qu’il faut fouiller pour dénicher quelques pépites. Parmi la dizaine de titres de l’album, nos oreilles se sont posées sur « Asphalte », le morceau le plus rock de l’album, et sur le magnifique « Le rouge des roses ». Enfin, le titre « Mes faux amis » sera utile aux moins loquaces d’entre vous. Plongez votre regard dans celui de votre voisin dont l’amitié à votre égard se fend et laisser Zveig prononcer les mots qui vous font défaut.
Mais derrière les écrits, on distingue surtout le musicien, le faiseur de sons. Avec un papa batteur, Zveig est un obsessionnel de la rythmique. Bassiste autodidacte, il invite sur quelques titres choisi le bandonéon de Gotan Project (« Mes faux amis ») ou le percussionniste Nico Krassilchik (« Ne dis jamais »). Des moments de partage, mis en musique avec humilité et subtilité. Ça sonne juste, à mi-chemin entre le jazz, la funk et la soul. Zveig a décidemment le sens de la mélodie solaire et une voix qui module à volonté les douces envolées comme les profonds élans.

Zveig est aussi un perfectionniste. Soucieux du rythme, on l’a dit, mais aussi du retour de son public. Tous les morceaux présents sur l’album ont été testés sur scène. Comme si l’artiste ne sortait de son studio que des diamants bruts, appelés à être polis par autant d’oreilles et d’avis extérieurs. Une prise de risque assumée et essentielle pour l’artiste.
On ne regrettera qu’une seule chose sur ce premier album, l’absence de « L’oiseau penseur », un titre en écoute exclusive sur son myspace. Une ballade songeuse, dont la mélodie nous accroche et ne nous quittent plus… au moins jusqu’au prochain titre.
Avec ses atmosphères aériennes et mélancoliques, « Quelques minutes » est un album confortable et moelleux dans lequel on peut repérer néanmoins des reliefs différents, quelques grammes de brut dans un monde de volupté. On sent derrière la somme de travail et l’émouvante honnêteté de cette nouvelle patte de la musique francophone.
Ambre