Affaire DSK : les associations féministes haussent la voix

Affaire DSK : les associations féministes haussent la voix

Depuis l’arrestation de Dominique Strauss Khan jusqu’à sa remise en liberté très surveillée, les réactions ne se sont pas fait attendre. Certaines personnalités publiques ont eu des propos « sexistes » voire « misogynes », suite à la récente inculpation de DSK, ce que dénoncent les associations féministes en France.

C’est Jack Lang, le premier qui crée la polémique :   son « il n’y a pas mort d’homme », fait vraisemblablement référence à la tentative de viol de Dominique Strauss Khan sur l’employée de l’hôtel. Le journaliste Jean François Kahn, lui, s’est aventuré plus loin, comparant le geste de DSK à un « troussage de domestique ». Des discours alarmants quand il s’agit aujourd’hui de dénoncer le non-respect des droits de l’homme, ainsi que  la maltraitance et la violence.

En réponse à ces paroles, peu subtiles, les médias Anglos saxons et américains accusent désormais les médias  français de n’avoir rien communiqué de ce qu’ils savaient déjà à propos de Strauss Khan : son attirance trop démonstrative pour les femmes et sa tendance aux nouvelles conquêtes.

Car depuis l’arrestation du président du Fonds Monétaire International, la presse française, notamment,  se met à écrire, à propos de faits jusqu’alors inconnus, ou qui avaient été discrètement abordés. Bien avant le drame du Sofitel, certains ont pu approcherDSK de près, dressant de lui un portrait, plus ou moins objectif.
« Tombeur de ces dames », « homme victime de son sex-appeal », DSK semble presque devenir une proie pour la gent féminine.  Cependant, au fil des articles ou biographies, le ton change. De la drague légère, il passe à la drague lourde, insistant auprès des jeunes femmes… Et on connaît la suite.

Si certains hauts responsables politiques ont témoigné leur soutien et leur grande affection à DSK, ils ont fait preuve d’une indifférence totale à l’égard du statut de la victime présumée, et c’est là tout le problème.
Ils doivent donc désormais faire face au courroux des associations engagées, luttant pour les droits des femmes en société, et qui ont émis un appel samedi dernier : « Osez le féminisme », « La Barbe » et « Paroles de Femmes » ont ainsi lancé une pétition, auxquelles se sont jointes syndicalistes et journalistes. On pouvait compter parmi elles des personnalités telle que Clémentine Autain, l’ancienne adjointe au maire de Paris, mais également l’humoriste,  Florence Foresti.

En récoltant près de 15000 signatures en une journée (plus la votre!), elles ont souhaité protester contre une banalisation du sexisme et de l’inégalité entre hommes et femmes dans la société française (et ce, en rapport aux réactions dans l’affaire DSK).
Ces associations se sont donc rassemblées dimanche à Paris pour lutter, face à une misogynie décidément trop présente. Avec pour pancartes « Les soubrettes sont en colère », ou encore « Nous sommes toutes des femmes de chambre », plus de 3000 manifestantes ont rejoint le mouvement.
« Nous assistons à une fulgurante remontée à la surface de réflexes sexistes et réactionnaires, si prompts à surgir chez une partie des élites françaises» ont affirmé les signataires de la pétition. Pour elles, le viol n’est pas un phénomène encore clairement explicité et totalement connu, et la façon dont on les violences sexuelles dans les médias porte souvent à confusion. L’associationMix-Cité explique que « la liberté sexuelle, le libertinage n’ont rien en commun avec la violence sexuelle. Le directeur général du FMI n’a pas été arrêté du fait de sa « faiblesse pour les femmes », il est accusé d’un délit grave (agression sexuelle) voire d’un crime (viol) ».
Ce que redoutent également ces associations, c’est le dérivatif humoristique, les blagues vaseuses via Internet et les réseaux sociaux. En effet, le viol, reconnu par la loi comme un crime, est un délit grave, et puni par la législation adéquate. Mais plus généralement, cela démontre à quel point la société minimise de nos jours la violence, et l’adoucit à base d’allusions faussement « drôles » et détournées.
Sans oublier les clichés et stéréotypes, ou autres idées diffusées à un très large public, qui supposent que le physique des victimes de viols est un physique type, et propre à ces mêmes victimes. Ce que réfute totalement la responsable de l’association « Osez le féminisme », Thalia Breton « toutes les victimes de viols ne sont pas des bombes sexuelles qui se promènent en minijupe. Le seul point commun des victimes est d’être des femmes vues comme des objets. »

La théorie du complot fait fureur, et les associations montrent les dents une fois de plus. Certes, l’ancien favori des sondages pour les élections présidentielles de 2012 bénéficie de la présomption d’innocence. Mais cela ne doit pas décrédibiliser la jeune femme qui a porté plainte contre DSK, pour séquestration, agression sexuelle, et tentative de viol. Ce qui fait d’elle une victime qui mérite respect, et attention.  « Il est très grave de porter des soupçons sur les propos de la plaignante, c’est même tout aussi grave que d’accuser un présumé innocent » explique la responsable de l’association « Osez le féminisme ».

« Quand une femme dit non, c’est non ». D’ailleurs, les associations féministes ont réussi à rallier à leur cause plusieurs politiques d’horizons divers et variés (dont Jack Lang, qui était revenu très rapidement sur ses paroles choquantes) : Arnaud Montebourg,Benoit Hamon (PS), M-G Buffet et J-L Mélenchon (Front de Gauche), Eva JolyCécile Duflot (Europe Écologie – les Verts).
Si les médias français montrent encore un Dominique Strauss Khan martyr, décideront-ils aussi de se pencher sur le cas de la victime de l’agression, Nafissatou Dialo?

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