«Bloody Sunday » : enfin des excuses !

La commission d’enquête présidée par le juge britannique Mark Saville a rendu public son rapport mardi 15 juin confirmant l’innocence des 14 victimes du Bloody Sunday. Fameux jour du 30 janvier 1972, où l’armée britannique avait ouvert le feu à Londonderry en Irlande du Nord durant une manifestation d’un mouvement pacifiste catholique.  Evénement qui avait envenimé la situation déjà trouble entre catholiques et protestants. Le rapport vient contredire la première enquête effectuée à la suite des événements et qui avait exonéré l’armée britannique en affirmant que les soldats avaient juste répliqué aux tirs des manifestants.

« Le gouvernement est l’ultime responsable »

Les familles attendaient ce jour depuis longtemps, enfin le gouvernement britannique reconnait ses tords ! Après avoir été mis au courant du contenu du rapport d’enquête, le 1er ministre britannique a prononcé un discours émouvant  devant la Chambre des Communes : « Ce qui s’est passé le jour du “Bloody Sunday” était non justifié et non justifiable. C’était mal. […]Au nom du pays, je suis profondément, profondément désolé. Ce qui s’est passé n’aurait jamais dû se passer. Le gouvernement est l’ultime responsable de la conduite des forces armées ». Discours salué par les acclamations de la foule réunie à Londonderry devant l’écran géant où celui-ci était retransmis.  C’est un véritable soulagement pour les familles qui peuvent enfin proclamer l’innocence de leurs proches défunts.

L’investissement nécessaire à l’enquête remis en question :

Soulagement qui ne satisfait pas tout le monde puisque bon nombre n’ont pas hésité à pointer du doigt le coût onéreux de cette enquête.  L’enquête qui a débuté en 1998 suite à l’accord de paix entre catholiques et protestants aura duré près de 14 ans et aura coûté 230 millions d’euros. Il faut dire que celle-ci a été particulièrement poussée ; selon l’Irish Times,  921 témoins ont été entendus : civils, soldats, policiers, médecins légaux, membres de l’IRA (Armée Républicaine Irlandaise), politiques, fonctionnaires, agents de renseignements, journalistes et prêtres. 

Certains dénoncent le temps et l’argent que cette enquête, la plus longue de l’histoire britannique, a fait perdre. Le ministre de la Justice a ainsi déclaré que l’enquête était « désastreuse en termes de temps et de dépenses ». Des journaux évoquent même le nombre d’hôpitaux ou d’écoles qui auraient pu être construits avec cet argent.  Mais les médias se divisent : le Times par exemple défend l’importance de l’enquête sur le plan historique et humaine : « Les familles de ceux qui ont été assassinés lors du Bloody Sunday ont mené une campagne difficile pour obtenir la vérité sur ces événements ». La vérité n’a pas de prix et le traumatisme subit par ses familles méritait que justice soit rendue.

C’est d’ailleurs la question qui se pose désormais : l’affaire va-t-elle passer par les tribunaux ? Les familles sont favorables à des poursuites mais aucune précision n’a été faite par le gouvernement pour l’instant. En cas de poursuites, il sera très difficile d’accuser les soldats qui ont simplement répondu à des ordres : les véritables responsables sont donc difficiles à définir. 

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