Chapitre 3…

3

Les faiblesses de Titlit

La respiration de Titlit se fit haletante. Elle se laissa choir sur le sol dur, et poussa un cri en sentant son poignet se briser. Elle le regarda, paniquée par la vue du sang et de l’os qui apparaissait dans l’entaille sanglante.
Reprenant le dessus sur la douleur et la peur, elle enveloppa de sa main valide le poignet meurtri, et se concentra, fermant les yeux, sur la guérison de son articulation.
Quelques minutes plus tard, la fracture s’était résorbée, mais une vive douleur enflammait encore le bras de Titlit.
Elle entendit les bruits de pas familiers de deux hommes. Celui venait encore lui rendre visite.
Elle reforma la bulle enchantée et prit place à l’intérieur, en lévitation, les bras croisés, défiant les visiteurs, leur lançant un regard noir.
Les deux hommes avancèrent, mais toutefois restèrent à bonne distance de la bulle magique.
Celui fit le premier pas vers la rebelle, un sourire machiavélique aux lèvres.
Il défia à son tour d’un regard perçant la femme.
Il engagea la conversation, taquinant Titlit au point de lui faire venir les larmes aux yeux.
«  Tu attends toujours tes amis ?
Pas de réponse.
– Tu ferais mieux de te plier aux règles, rebelle. Tes amis sont morts hier. »
Les mots firent sursauter Titlit, qui faillit perdre le contrôle de la bulle. Elle se ressaisit, cherchant à se convaincre que Celui avait tort.
« Ce n’est pas vrai, il ment. Ce n’est pas possible, se convainc elle. »
Elle s’adressa par télépathie au tortionnaire, faisant résonner dans sa tête une voix grave et rauque, intimidante.
« Tu mens, sale traître. Tu ne sais faire que ça, mentir. Tu as menti à toute la communauté de Titlon. Bientôt, cela sera la fin pour toi. Je te le jure. »
« Pourquoi ne me parles-tu pas en face, d’homme à homme, Titlit ? »
« Tu n’es pas un homme. Tu es pire que la plus cruelle des bêtes, tu ne devrais pas exister. Ta mère avait réussi à me prouver le contraire. Elle t’aimait Sidy, elle t’aimait, tu n’étais pas Celui pour elle, tu étais Sidy, son fils. Et tu l’as tuée. Tu as tué ta propre mère. Tu es moins qu’un humain, moins que toute créature, les insectes devraient te mépriser ! continua mentalement Titlit. »
Elle refoula ses larmes à la pensée de cette femme qu’elle avait bien connue, tuée par son propre fils.
«  Assez ! Tu me paieras cet affront ! »
Sur ce, il partit de la pièce, laissant son garde, qui regarda avec admiration Titlit.
« Joins toi à moi, tu vivras mieux qu’ici. Aide mes amis à venir me chercher, nous organiserons notre rébellion. Je sais qu’ils ne sont pas morts, c’est impossible !  supplia-t-elle. »
Il la contempla un moment, troublé qu’une personnalité si importante lui adresse la parole, que ce soit mentalement ou au moyen de la parole. Quand il sortit de la pièce, Titlit entendit un cri étouffé et le vit tomber sur le sol. La suite, elle la connaissait. Le corps allait se désintégrer instantanément, comme chaque fois qu’un Esclave mourrait. Elle l’avait vu si souvent que la scène lui paraissait banale, d’un ordinaire déconcertant. Mais ce fut avec tristesse, pour la première fois de sa vie, qu’elle regarda l’Esclave disparaître de la surface de Titlon.
Cet homme aurait pu l’aider, elle le savait. Souvent, elle scrutait les pensées des gardes, et lui seul ressentait plus que de l’admiration pour la rebelle. Il l’avait aimé. Bien sûr, Titlit n’avait rien éprouvé en retour, mais cet homme aurait pu l’aider, lui être utile. Elle aurait pu lui soutirer des informations importantes.
Maintenant qu’il était mort, le mince espoir d’évasion qu’elle envisageait était réduit à néant. Seuls ses amis pourraient la sauver. Elle voulait qu’ils soient en vie, mais les mots de Celui paraissaient être la vérité. « Ils viendront me chercher se persuada t-elle, pour se redonner du courage. Mais s’ils m’avaient oublié ? Si je n’avais plus d’importance pour eux ? »
Ses pensées la glacèrent.
Elle pouvait s’introduire dans les rêves de ses compagnons de route, mais seulement dans le passé. Ainsi, elle ne pouvait savoir, à l’heure qu’il était, si ses amis vivaient toujours, la cherchaient ou continuaient leur mission, étaient en bonne santé ou gravement malades.
Elle s’imaginait les pires scénarios, les pires fins à cette histoire compliquée, parsemée d’embûches, de complots, de trahisons, de leurres, de pièges.
La fièvre la faisait délirer, sa fatigue la faisait divaguer. Elle était à bout de forces, et si on lui avait demandé de choisir entre la mort ou la liberté, elle aurait peut-être préféré la mort.

Et voilà que maintenant, un nouveau problème se posait. Marie refusait de la laisser pénétrer ses rêves. Titlit la forçait, mais cela la fatiguait plus que jamais, et elle savait que de son côté, Marie devait horriblement souffrir. Pourtant, elle n’avait pas le choix. Elle devait le faire, car cela faisait partie de sa mission.
La mission la plus importante que personne, sur Titlon, eut jamais à accomplir.
Il en allait de la survie de cette planète.

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