Clotilde Reiss : une libération polémique

L’Iran et La France avaient  connu des années de douce entente lors de la gouvernance du shah Reza Pahlavi. La France avait même établi une certaine influence culturelle française en Perse. Mais depuis la révolution islamique en 1979, les relations se sont largement détériorées. Enchainant les conflits d’intérieur et amplifiant sa mauvaise image auprès de la communauté internationale, l’Iran ne semble pas  vouloir s’orienter vers une politique d’ouverture. Avec la France les relations sont très tendues pour de nombreuses raisons : l’Iran n’a pas apprécié le soutien apporté par la France à l’Irak lors de la guerre Iran/Irak de 1981 et le pays n’as pas digéré le fait que la France accueille les réfugiés iraniens opposants au régime islamique et notamment l’ancien ministre du shah (Bakhtiar). Enfin, le refus récent de l’Iran de stopper son enrichissement d’uranium pour la recherche nucléaire a provoqué un tollé au sein de l’ONU si bien que la France a confirmé qu’elle n’était pas opposée au retrait de l’Iran de la liste des pays membres du Conseil de Sécurité des nations unies. Malgré toutes ces dissensions, la France continue malgré tout d’entretenir des relations commerciales avec le pays perse ainsi que des échanges universitaires. Clotilde Reiss, étudiante en sciences politiques s’était ainsi rendue en Iran pour y devenir lectrice à l’université d’Ispahan mais après avoir photographié et filmé une manifestation, elle sera arrêtée pour « espionnage » par les autorités iraniennes.

Le gouvernement français avait immédiatement réagi et demandé sa libération, n’ayant aucun doute de l’innocence de la jeune fille. Le président Mahmoud Ahmadinejad avait alors réclamé des gestes en faveur des détenus iraniens présents en France.  Nicolas Sarkozy n’acceptant pas l’idée d’un chantage avait répondu de manière cinglante : « suis-je homme à aller échanger l’assassin de Chapour Bakhtiar contre une jeune étudiante dont le seul crime est de parler la langue de l’Iran et d’aimer la civilisation perse? ». La situation stagne alors que le président iranien déclare que la libération de l’universitaire dépend de l’attitude des français.

Pendant ce temps, la France demande au Sénégal et au Brésil qui entretiennent des relations plutôt convenables avec l’Iran,  d’appuyer la libération de Clotilde Reiss lors des rencontres entre chefs d’état. Le 7 mai 2010, un événement va précipiter les démarches : l’ingénieur iranien Majid Kakavand retourne en Iran après que la France est refusée la demande d’extradition vers les Etats-Unis demandée par Washington. Et le 15 mai : Clotilde Reiss peut quitter l’Iran à la suite d’un dernier jugement qui a transformé sa peine de deux fois cinq ans de prison à une amende de 285 000 dollars.

Depuis deux polémiques s’abattent sur l’affaire Reiss remettant à la fois en questions les raisons de son arrestation et les conditions de sa libération.

Clothide Reiss : une espionne ?


De nombreuses rumeurs sont apparues selon lesquelles l’universitaire aurait été approchée par les services de renseignements extérieurs français « DGSE » afin de fournir des informations sur l’Iran au gouvernement. Cette thèse de l’espionnage est soutenue par Pierre Siramy, l’ancien directeur de la DGSE en personne, qui affirme selon ses sources toujours « en poste » que Clotilde Reiss travaillait bel et bien pour les services secrets français. Celle-ci aurait été « un contact occasionnel » qui aurait servi de source de renseignement dans deux domaines : la politique intérieure iranienne et la prolifération du nucléaire (Clotilde Reiss avait effectivement connaissance de ce dernier sujet après avoir effectué un stage au Commissariat à l’Energie Atomique (CEA) où son père est d’ailleurs ingénieur). Il explique également que le fait de recruter des jeunes chercheurs dans les services de renseignement est une stratégie pratiquée par la plupart des pays.

Ces affirmations ont été vivement démenties par le ministère des affaires étrangères : « Nous démentons formellement et catégoriquement les allégations selon lesquelles Clotilde Reiss aurait collecté des renseignements sur l’Iran au profit du gouvernement français, et a fortiori qu’elle aurait été employée par les services de renseignement […] Ces allégations ne sont pas seulement totalement fantaisistes. Elles sont également irresponsables. »

Une libération marchandée ?


La coïncidence entre la libération de Clotilde Reiss et les libérations de deux iraniens retenus en France : Majid Kakavand (l’ingénieur suspecté d’avoir exporté des composants utiles à la recherche nucléaire malgré un embargo américain) et Ali Vakili Rad (le meurtrier de Shahpur Bakhtiar, ex premier ministre du shah) suscite des interrogations : la libération aurait elle était l’objet d’un échange entre Paris et Téhéran ?
L’affaire en vient même à se politiser puisque les Verts et le PS expriment clairement leur doute face à cette étrange simultanéité. Benoit Hamon a ainsi évoqué l’idée d’une libération basée sur une « contrepartie » et exige que la transparence soit respectée en précisant que le gouvernement actuel « prend les gens pour des imbéciles » à vouloir nous faire croire que les affaires ne sont pas liées.

C’est en tout cas, ce que ne cesse de scander Bernard Kouchner : « aucun rapport entre ces deux affaires iraniennes traitées par la justice française et la libération de notre otage ».

Enfin, le président sénégalais, principal médiateur de l’affaire, jette un nouveau pavé dans la marre en déclarant que la France a volontairement freiné la libération de l’universitaire qui selon lui aurait pu être effectué beaucoup plus tôt.

L’affaire n’est donc pas prête de se finir malgré l’heureuse libération de la jeune femme. Le mystère plane encore, même si on peut également proposer l’idée selon laquelle l’Iran, en pleine crise interne, a souhaité se débarrasser d’un conflit externe difficile qui ne faisait que ternir son image. 
 

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