De Gaulle au programme de L : la polémique bat son plein

En 2011, les élèves de Terminal L qui tous les ans, doivent étudier quatre œuvres pour le bac, se verront proposer le tome trois des Mémoires de Guerre du Général de Gaulle « Le Salut 1944-1946 ». Le texte entre dans la catégorie : « Littérature et débats d’idées ».

Quelques professeurs de lettres ont alors protesté contre ce choix, pour eux, même si De Gaulle possédait des capacités réactionnelles indéniables, son œuvre ne mériterait pas d’avoir sa place aux côtés des grands œuvres littéraires étudiées en série L. Une pétition déjà signée par presque 1700 personnes circule pour dénoncer la dimension politique du choix qui empêcherait la nuance entre histoire et littérature :

« Nul ne songe à discuter l’importance historique de l’écrit de de Gaulle : la valeur du témoignage est à proportion de celle du témoin. Mais enfin, de quoi parlons-nous ? De littérature ou d’histoire ? Nous sommes professeurs de lettres. Avons-nous les moyens, est-ce notre métier, de discuter une source historique ? d’en dégager le souffle de propagande mobilisateur de conscience nationale ? »

Le ministre de l’éducation Luc Chatel préfère couper court au débat, il estime que celui n’a pas lieu d’être : « De Gaulle est édité à la Pléiade, reconnu parmi les grands écrivains ».

La polémique est cependant toujours bel et bien d’actualité et ce n’est pas la célébration du 18 juin 1940 qui risque d’enterrer la controverse. La nouvelle date pourtant du 14 janvier, jour où l’Education nationale a diffusé le programme officiel. Il faudra attendre le 15 mai pour entendre parler de l’affaire, lorsque le Snes (Syndicat National des Enseignements du Second degré) a lancé sa pétition.

La question divise et tous les professeurs ou spécialistes des lettres ne se rejoignent pas :

D’un côté, il y a les admirateurs du Général De Gaulle et au-delà de l’homme politique c’est à l’homme de lettres qu’ils s’intéressent. Ils soutiennent le choix d’utiliser un de ses textes car pour eux la langue française y est valorisée ; entre figure de styles, recherche de musicalité et rigueur de construction : trouver des éléments à étudier ne devrait pas être difficile. De Gaulle avait une plume et ses talents d’écrivains ont été largement reconnu notamment lorsqu’il a été édité par la Pléiade dont l’exigence littéraire a fait la réputation.

De l’autre, il y a les réfractaires. Ceux qui ne se posent pas la question de la qualité de la langue mais du propos. Pour eux, ce texte a davantage sa place au sein d’un cours d’histoire que dans une classe littéraire. Les choix doivent se porter normalement sur des textes à valeur universelles et non des documents historiques et politiques. C’est d’ailleurs, ce dernier point qui pose problème : la dimension politique. Est-ce un hasard si De Gaulle arrive au programme alors que l’on célèbre les 70 ans de son appel, faisant de lui la figure politique emblématique que l’on connait aujourd’hui?

Le débat sur la question traine en longueur sans aboutir. Il faut dire que celui-ci est avant tout un moyen de remuer le couteau dans la plaie alors que le climat au sein de l’Education nationale entre l’inspection et les syndicats est particulièrement tendu. Les syndicats enseignants ont profité de l’occasion pour lancer quelques piques quant aux récentes décisions gouvernementales liées à l’Education  et n’hésitent pas à affirmer que le choix de De Gaulle a pour objectif de « flatter la couleur politique du pouvoir en place ». Les syndicats ne seraient-ils pas finalement les premiers à mélanger programme littéraire et politique ?

 


 

Agnes

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