Ed Laurie – Small Boat Big Sea

D’abord, c’est une voix qui ne vous quittera plus jamais. Dès qu’elle entre en contact avec l’atmosphère, il se produit comme une effervescente chimique, puis un phénomène émotionnel rarement observé et dont les conséquences, personne ne s’en plaindra, sont de l’ordre de l’irrémédiable. Une voix au grain ensorcelant, couchée sur des chansons sans frontières précises, affranchies des habituelles balises du folk qui sont pourtant leurs repères d’origine.  Comme avant lui Peter Von Poehl ou Yael Naim, Ed Laurie est un autre de ces étrangers adoptés par la famille française Tôt ou Tard parce que justement il fait partie de ces apatrides du songwriting capables d’anoblir le vilain mot Mondialisation. Dans une autre vie, Ed Laurie croit se souvenir qu’il a fait partie d’un groupe de rock. Jusqu’au soir où, un peu trop arrosé, il tombe inconscient et se réveille amputé d’une partie de sa mémoire, soulagé au final d’anciennes incertitudes de jeunesse et prêt à se reconstruire une histoire dont il consignera en chansons les premières sensations. Des chants de départ, souvent, comme autant de petites renaissances pour lesquelles l’orgueilleuse majesté de sa musique tracera des horizons empreints de lyrisme et d’exotisme discret. Pour l’état civil, il est un Anglais né il y a 38 ans d’une mère d’origine russe et brésilienne et d’un père anglais d’origine écossaise trop tôt disparu. Il a étudié le piano, aurait pu suivre les traces de sa grand-mère concertiste classique mais a très vite arrêté. L’impromptue rencontre d’un voisin qui acceptera de lui vendre cette guitare flamenco dont il percevait les vibrations à travers la cloison lui ouvrant d’autres horizons.

 

Une guitare semblable à celle que l’on entend désormais en ouverture du bouleversant Meanwhile in a park, qui sonne déjà comme un classique de Leonard Cohen sur lequel planerait l’ombre non moins immense du guitariste argentin Atahualpa Yupanqui, l’un de ses héros. Dans la grande mappemonde musicale du siècle dernier, Ed Laurie a ainsi placé des repères dont on comprendra en écoutant son album qu’ils ne sont pas seulement des points d’admiration stériles. Après un premier mini-album autoproduit en 2006, qui lui aura permis d’acheter des instruments et d’attirer à lui des musiciens capables de partager les mêmes envies, Ed Laurie s’est lancé dans la fabrique d’une embarcation qui pourrait le mener loin : Small boat big sea. Un titre qui suggère la modestie apparente des moyens et la grandeur des ambitions, parfait dosage d’humilité et d’audace aventureuse qui forge depuis toujours la personnalité des surdoués du songwriting ouvragé, de Fred Neil à Harry Nilsson, de Tom Waits à Randy Newman.

 

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