France Inter se débarrasse de ses trublions

Hier matin, Stéphane Guillon a fait ses adieux à ses fidèles auditeurs lors de sa dernière chronique sur la radio France Inter. Remerciés ou plutôt éjectés par  Jean-Luc Hees, directeur de Radio France, Stéphane Guillon et Dider Porte ne pourront plus continuer à satisfaire les auditeurs  adeptes de leur humour corrosif sous le motif que celui-ci « se résume à l’insulte ».

Le directeur de France Inter a déclaré à l’AFP : «Depuis que Jean-Luc Hees et moi même avons été nommés, on ne les a pas emmerdés une seconde: ils se sont mis en boucle seuls dans leur tête, ils se sont mis à aller de plus en plus loin et ils ont fait preuve d’une déloyauté constante»

 Cette décision confirme les tensions qui se trament au sein de la radio entre humoristes célèbres et membres de la direction. Ces derniers vont même jusqu’à dire « l’humour ne devrait pas être confisqué par de petits tyrans ». Ambiance…
A la rentrée de septembre, la nouvelle grille des programmes prévue annonce la fin des émissions qui ont fait le succès de la radio : « Esprit critique » et « Et pourtant elle tourne ».

Cette suppression en masse des émissions et chroniques satiriques laisse envisager des décisions prises pour des raisons politiques. A deux ans de l’élection présidentielle, le gouvernement tenterait-il de museler la critique ? C’est une question que l’on est en droit de se demander : l’émission de Guillon, par exemple, étant particulièrement suivie par le public et permettant de relever les parts d’audience de France Inter, il est difficile de comprendre ce choix de la direction… Il ne faut pas oublier que France Inter fait partie du service public et que le directeur de Radio France a été nommé par le président en personne.

Les deux humoristes sont soutenus par un beaucoup, dénonçant une injustice. Guy Bedos et Guy Carlier qui ont eux aussi établi leur succès sur l’humour politique s’insurgent contre ces licenciements. Guy Carlier s’est confié à l’AFP . « Ça ne correspond pas au souvenir que j’ai de Jean-Luc. Lorsque les hommes politiques téléphonaient, Jean-Luc venait me voir et me disait de continuer […] Virer un humoriste impertinent d’une tranche du matin pendant le pic d’audience, c’est toujours suspect […]« France Inter proclame son irrévérence mais on ne peut pas tenir ce langage pour faire du marketing et faire le contraire ».

Le SNJ (Syndicat des Journalistes) et la SACD (Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques) ont également décidé de soutenir les humoristes. Quant au personnel de France Inter, il est « sous le choc » de cette annonce. Si bien, que les ex-collègues des deux perturbateurs n’ont pas hésité à rédiger une lettre ouverte à destination des auditeurs : « Nous, personnels de France Inter, partageons un attachement indéfectible à la liberté de ton, à l’impertinence, à l’exigence, à la différence et c’est ce que nous défendons tous les jours à l’antenne (…) Ces valeurs dont nous sommes fiers et qui représentent l’ADN de France Inter, se trouvent remises en cause et gravement menacées ».

Les auditeurs sont effectivement pour la plupart déçus de ne plus pouvoir écouter leurs chroniques favorites. Stéphane Guillon est venu s’expliquer au Grand Journal (qui a d’ailleurs pu enregistrer grâce à sa venue une très forte audience : 1,7 millions de téléspectateurs !)  : «J’ai juste fait mon travail. On peut juger qu’il était parfois de mauvais goût, mais je n’ai jamais cherché à me faire virer. (…) J’ai dû faire 2000-3000 chroniques pour France Inter et Canal Plus. Si j’avais été diffamant, j’aurais sans doute été condamné depuis longtemps.» 

Ecoutez son dernier coup de gueule et ses adieux au public : 

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