Frédéric Beigbeder, dit le paradoxe

 

La vie de Frédéric Beigbeder ne connaît que rarement de temps morts. Sa biographie aurait même des airs de romans. Un jour il est publicitaire adulé, le lendemain il est viré. Il est tour à tour critique littéraire à Voici, chroniqueur sur les plateaux télé d’Ardisson et de Denisot, et sans oublier sa vie (demie)-privée, dans laquelle il a passé de beaux jours avec Laura Smet (jolie, très jolie fille de notre Johnny national). En tant que fils de pub, il est l’auteur de campagnes pour Wonderbra en 1999, et Robert Hue en 2002 (l’une des deux fut un bide). Mais Frédéric Beigbeder est malade. Il souffre d’ultra notoriété aiguë. Il est une icône et un paradoxe. Il incarne ce qu’il dénonce, avec réussite des deux cotés. Plus simplement, il est people, il appartient à tout le monde. Mais paradoxalement il est écrivain et n’appartient pour ainsi dire qu’à lui-même. Et si il profitait de l’écriture pour se réapproprier sa personne.

Car en tant qu’écrivain, Beigbeder pratique l’autofiction aussi bien que l’autosatisfaction. L’univers des ses livres est souvent surchargé. Pas un prix, lieu chic ou marque n’échappe à sa vision, le name-dropping fait son effet. Le personnage prend aussi beaucoup de place, c’est en fait l’image qu’il propage de lui-même qui asphyxie le roman. En bon fantasme autobiographique, il s’invente tel qu’il se redoute et se flatte d’être. Mais parfois, quand on pense manquer d’air dans cet univers encombré et malsain, on découvre la délicatesse et l’élégance au détour d’un mot, d’une phrase. De quoi nous convaincre de rester. Car si Beigbeder n’est pas Proust ou Faulkner, il n’est pas loin de Houellebecq et de Bret Easton Ellis. Comme ce dernier, son narrateur est souvent double, et représente un exutoire à sa solitude. Il fuit les questions existentielles qu’il se pose tout le temps. Et se change en bête. « Celui qui se transforme en bête se délivre de la souffrance d’être un homme » enseignait Terry Gilliam, et assurément Beigbeder souffre et se complet dans cette douleur élégante dont il se couvre tel un manteau de grand couturier.

Dans son dernier roman, Au secours pardon, Frédéric Beigbeder narre les aventures d’Octave Parango, le publicitaire déchaîné que l’on avait laissé au fond d’une prison californienne à la fin de 99 Francs. Et bien il est de retour. 2005, Octave est devenu dénicheur de talent pour une agence de modèles. Sa mission est de trouver en Russie la perle rare pour une campagne de pub. Il met la main dessus en la personne de Lena Doytcheva, nymphette de 14 ans. Ou plutôt il ne met pas la main dessus, mais tombe amoureux. La gamine allie une plastique parfaite et un savoir, une culture impressionnante. Le fantasme absolu pour Beigbeder qui s’enivre aussi bien de la pureté du corps et de la subtilité de l’esprit. Dans ce roman, il semble en quête de Dieu, il appel à la rédemption, cherche la miséricorde divine sans vraiment se mouiller car il persévère dans le péché. Peut être est-ce juste un processus pour avoir meilleure conscience, ou peut être est il comme un accroc qui n’arrive pas à décrocher. La bonne nouvelle reste que Beigbeder assume ici totalement sa part de noirceur. Et elle est délicieuse à lire. Alors Frédéric Beigbeder, puisse tu continuer à souffrir, et à nous pondre de bons romans.

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