Interview de Da Silva

Du style « Da Silva » on dit souvent qu’il est minimaliste, intimiste, mélancolique. Cette voix qui vous chuchote à l’oreille son spleen entêtant et feutré, ces guitares qui brodent leurs mélodies tendres et mutines, on les reconnaît entre toutes pour les croiser très souvent à la radio.
Intimistes les chansons de Da Silva le sont, mais vouées par ailleurs à caresser la sensibilité d’un large public, à séduire en grand format. Avec 110 000 exemplaires écoulés, « Décembre en Eté » fut l’un des albums révélation de l’année 2005 avec la mention disque d’or. Quant au second, « De Beaux Jours A Venir » (70 000 exemplaires) il sera deux ans plus tard une vraie confirmation compte tenu de l’affaissement du marché du disque physique.

Avec « De Beaux Jours A Venir », Manu reconduisait une méthode déjà éprouvée sur « Décembre en Eté ». Elle consistait à enregistrer les maquettes de ses nouvelles compositions chez lui, dans son salon. De ce premier jet, il conservait la voix et la guitare, trahissant l’une et l’autre la spontanéité d’un émoi. Puis il ajoutait en studio quelques instruments, une basse, une percussion, un violon parfois, veillant à préserver la fragilité de ces chansons fraîchement écloses dans son jardin secret. Pour « La Tendresse des Fous », son troisième album, Manu a tout remis en question. « Je savais que si je ne bousculais pas certaines habitudes j’allais finir par me caricaturer. »
Cette approche va conduire à la production d’un son certes plus velours que cuir, mais sur lequel les chansons de Manu ne paressent à aucun moment, semblent au contraire se dresser, animées de plus de véhémence et d’envie que jamais.
Car, plus rigoureux dans son exécution et plus haut de gamme dans sa définition, « La Tendresse des Fous » n’en reste pas moins un recueil de chansons où la personnalité de Manu Da Silva s’exprime avec une rare profondeur. On y accompagne le chanteur dans une errance implacable et sous un ciel menaçant, embarqué dans un road movie musical où, avec les paysages, défilent les pensées.
D’ailleurs lorsqu’il fait mine de s’arrêter quelque part, d’y élire domicile, « La Chambre » par exemple, tout s’écroule. Cette quête insensée l’amène à traverser ce disque comme on traverse un pays, imaginant toujours, comme dans « Un Endroit », ce qu’il pourrait y avoir derrière l’horizon. Pour seul bagage, outre sa guitare, il trimballe ce qu’il appelle l’ « absence », cette forme de solitude déboussolée qui revient le hanter dans chacun des titres et dont il finira par accepter…la présence dans « Inséparables ».

Prêt à assumer le malheur du monde, Manu est aussi prompt à y révéler les moments qu’on parvient à lui voler pour cultiver en soi cette « Tendresse des Fous » sans laquelle rien ne serait possible. « Je me suis jeté dans la parade au milieu des cuivres et des tambours. D’ici au moins j’étais sûr que l’on n’entendrait pas ma peine » lance t’il au début de « Le Carnaval », écho à un mal de vivre qu’il affronte avec cette générosité et ce panache endiablé commun aux bluesmen et aux fadistes (chanteurs de fado). Ainsi de l’écoute des 11 titres de « La Tendresse des Fous » se dégage ce même sentiment poignant: quitte à ce que le bonheur nous soit refusé, reste la possibilité de célébrer les meilleurs instants de l’existence en musique. Le tout, évidemment, étant de le faire avec style

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>