Interview de Eiffel

Espritjeune : Tout d’abord, vous êtes actuellement en tournée pour votre nouvel album « Tandoori ». Comment se déroule t-elle?
Romain Humeau : « La tournée a commencé avant la sortie de l’album. Une petite tournée de ‘‘ chauffe ’’ pendant deux mois. C’était une vingtaine de dates et avec la sortie de l’album en janvier, on a pas arrêté jusqu’en août. Cela équivaut à peu près à une centaine de dates depuis un an.
La tournée nous on est plutôt agréablement surpris du fait qu’il y est pas mal de monde à nos concerts, plus que durant la tournée précédente. On est d’autant plus étonné du fait qu’on est eu quelques soucis avec notre maison de disque. On en a plus, voilà tout. C’est étonnant  de voir à quel point le disque n’a pas été travaillé. Ce qu’on appel faire travailler, faire savoir qu’il existe, qu’il y a de la promo et être représenté un peu partout.  Et de l’autre côté quand même d’avoir un public qui est plus important qu’avant. L’état d’esprit, d’un côté, la tournée c’est super et de l’autre côté c’est le fait que pendant des mois ce disque il était travaillé et ce n’était pas le cas, mais cela on l’a su très tard en juin alors que depuis février ils foutaient rien. C’est un peu dur quand tu t’investis à fond dans un truc
Nous c’est l’artistique qui nous intéresse pas le reste. Le marketing on ne s’en occupe pas. ».

Espritjeune : Ce nouvel opus apparaît comme une vraie petite révolution. Pour la première fois enregistré en studio. Comment s’est déroulée la conception de l’album ?
Romain Humeau : «Ca a changé des choses au niveau de l’enregistrement, notamment qu niveau de la détende pendant les enregistrements. Parce que dans les deux albums d’Eiffel, c’est plutôt moi qui est enregistré. Pour moi c’était quand même beaucoup plus reposant et j’avais moins à m’invertir là-dedans, ce qui était bien c’est de pouvoir déléguer un peu des trucs. Et puis surtout Michel Derickx c’est quelqu’un que j’ai rencontré six mois avant parce que je travaillai sur un autre artiste à Bruxelle. Et c’est un type aussi qui est complètement avec notre état d’esprit. L’état d’esprit c’est pas juste parce qu’on fait du rock. Michel Derickx ne fait pas que ça. L’état d’esprit de prendre le son comme il est. De rester assez pure dans la manière de voir les choses et de les concevoir. Cela m’a beaucoup aidé pour pouvoir me sentir vraiment musicien sur cet album. Et aussi le fait d’aller plus vite. Pour enregister nos albums, on avait l’habitude de prendre notre temps et on ne regrette pas du tout. La nouvelle manière ne crache pas sur nos méthodes anciennes. D’ailleurs il se pourrait bien que l’on revienne à l’ancienne façon de faire. Cet album ne demandait pas beaucoup d’arrangement. Assez simple, il fallait donc le faire vite pour ne pas perdre l’énergie et ca Michel Derieckx nous a permis de le faire. Et le fait d’être isolé aussi, c’est-à-dire de ne pas être en France. Cela change. De travailler avec des flamands c’est pas mal, c’est pas mal du tout ! (rires). Le studio Icp aussi vachement bien, tout était à disposition et soit tu le prends comme un truc de luxe soit tu le prends comme un truc ou tu peux bosse 24h sur 24 sans avoir à s’occuper d’autre chose si ce n’est la musique. C’était important aussi pour nous.».

Espritjeune : L’écriture a une place importante dans la musique d’Eiffel. Que cherches-tu à faire passer à travers tes textes ?
Romain Humeau :  «J’écris pas un texte en me disant j’aimerai faire ressentir ça. C’est plutôt je me dis qu’est ce que je ressens moi.  Ce n’est pas du tout une doctrine mais je pense que pour faire ressentir des choses à des gens, il faut déjà le ressentir soi-même. En gros, il faut savoir être égoïste pour pouvoir partager. Toute la dualité de l’être humain je pense, il faut savoir quand même penser à soi pour être quelque chose. Et donc si tu es quelque chose tu le donner. Mais si tu n’es rien tu peux rien donner. Alors être quelque chose, attention, cela ne veut pas dire tout ce qu’on a pu nous coller, porte-parole, groupe à message, groupe engagé. Non il n’y pas de message. Je défie quiconque d’en trouver un. Par contre, c’est d’essayer de ressentir profondément, pas le monde parce que c’est bien trop grand. En tout cas parler de quelque chose qui te connecte au monde et toi arriver à le retranscrire dans une chanson et dire en gros d’une part ce que tu penses et d’autre part ce que tu ressens. Ce qui n’est pas exactement la même chose. Ce que tu penses cela pourrait s’apparenter à des chansons réalistes et ce que tu ressens c’est plutôt l’idée de la poésie. Et moi sur ces deux aspects je ne choisi pas. Je trouve très important l’aspect poétique entre guillemets. Parler qu’on fait de la poésie ce serait prétentieux. En tout cas la part d’imaginaire, la part de rêve, la part de loufoque, la part de fragilité d’incompréhension et de l’autre côté des choses très terre à terre. Qui touche à l’idée de l’amour, de la  mort, l’idée de politique, peut être de partage et de social on va dire.».

Espritjeune : Quels sont les thèmes que tu abordes dans ce dernier album?
Romain Humeau : «Des grands thèmes qu’on n’a pas inventés, beaucoup les ont développés. Je pense que ce soit Eiffel ou bien Bénabar c’est les mêmes choses. Après c’est la manière qui change. Moi je ne prétends pas essayer de faire ressentir quoi que ce soit à quiconque, mais en tout cas j’aimerai bien essayer d’être compris dans l’idée de mêler la réalité à l’imaginaire. Parce je crois que les êtres humains ils rêvent et ça il faut pas l’oublier. Et si on ne fait que leur chanter le paquet de clope, ca va mal en France parce que la droite est au pouvoir et l’émission de Drucker, la Star Ac’ ou tout ça.  C’est d’un pénible pas possible. Moi ca me fatigue. Et envie aussi de rêver même si c’est dans un contexte où les choses ne sont pas tout le temps gais.».

Espritjeune : L’album débute sur une chanson en Anglais « Loony Tune For The Moon », la langue anglaise a-t-elle une importance particulière dans la musique pour vous ?
Romain Humeau : «Complètement même si ca se ressent pas au niveau de mon accent, parce que j’ai un accent de merde en anglais. Et  je ne le revendique pas haut et fort mais c’est mon accent et puis voilà. Quand on est français et qu’on chante en anglais il n’y rien de pire que d’essayer d’imiter l’accent anglais ou l’accent américain. C’est de l’anglais mais chanté par un français. Après cela a une importance énorme parce que nos influences musicales au niveau du rock’n roll, elle est avant tout anglosaxons. Bien sûr on est un groupe de rock français, donc on nous compare à machin à trucs eccetera. Et donc c’était une manière comme le disque est typiquement chanté en français on va dire, c’était marrant de commencer par un titre en anglais pour dérouter et pour dire Fuck aux médias qui veulent une scène de rock français. Nan il n’y a pas de scène rock française, il y a une scène rock en France avec des gens qui font une musique différente là-dedans. Tout le monde ne fait pas la même chose, tout le monde n’appartient pas à la même caste, et c’est pas une chapelle. Je déteste ça l’idée de chapelle. Je ne trouve pas qu’il y est une caste rock français, voilà. C’est un truc qui m’énerve presque.».

Espritjeune : On parle beaucoup ces derniers temps de nouveaux groupes qui émergent par l’intermédiaire de Myspace. Que penses-tu de cette nouvelle manière de médiatiser les petits groupes qui débutent?
Romain Humeau : «Je suis favorable bien sûr par contre ce n’est pas qu’un système de médiatisation. Je pense aussi que c’est un système de fichage du monde, fichage des gens. Et il y a quand même 60% à jeter là-dedans. Soit du cul soit des phrases d’une insipidité notoire. Donc il y a du bon et je ne suis pas contre du tout parce nous on a bossé quatre ans en indé avec Eiffel à l’époque où il n’y avait pas tout ça et on faisait nos affiches et on les posés nous même, notre promo pareil à la main. Maintenant tout va plus vite. Moi je n’ai rien contre la modernité bien au contraire. Par contre ce qui me dérange c’est que dans ce tout virtuel, il y a des choses aussi qui racontent juste le vide. Les gens s’envoient des messages pour dire ‘’ca va’’ ou ‘’ca va pas », on s’en branle un peu. Pour moi ca dénote une certaine molesse de la part de certaines personnes qui sont masquées. Qui peuvent agresser de façon anonime et ca je ne trouve pas ça fair play. C’est le côté négatif. Avec aussi l’utilisation à tout va du publicitaire, Myspace il y a aussi beaucoup de publicité. Ca je trouve ça un peu affreux. On nous a dit qu’on devait en avoir un à la sortie de l’album. Après on sera les premiers, Eiffel ou pas Eiffel car on ne sait pas si on va continuer, à utiliser ce genre d’outils géniales comme la télévision aussi, après c’est ce qu’on en fait. Moi je regarde des émissions à 10h du soir sur Arte, il peut y avoir des choses vachement bien, pas que c’est Arte et que c’est intello. Il y a des émissions génialisimme. A côté de ca il faut se fader qui veut gagner des millions sur TF1 ou je sais pas quoi. C’est la même sur Myspace on retrouve les mêmes choses. Il y a à boire et à manger voilà.».

Espritjeune : Quelles sont les influences musicales  du groupes Eiffel d’ailleurs?
Romain Humeau : «On écoute avant tout les Beatles, les Buzzcocks, les Kings, Queen’s Of   The Stone Age, Archade Fire, Björk. Un paquet de gens comme ça. On est aussi pote avec les Hurlements de Leo, Stuck In The Sound qui sont des gens vastement différents que les Têtes Raides que encore Loic Antoine ou Noir Désir.». 

Espritjeune : Pourquoi Eiffel n’est-il pas médiatique?
Romain Humeau : «Moi je rêverai passer partout, il y a pas de soucis. Par contre passer partout pour chanter des chansons qu’on a façonné et pas des chansons écrites par soi même c’est pas pareil. C’est très important. De ne pas être obligé de correspondre aux canons de beauté musicale qui va bien avec le chiffre. Et il n’y a pas que TF1, je parle en particulier de M6 qui pour un petit, formate grave même le rock’n roll et à longueur de journée. C’est à pouffer de rire, le rock’n roll c’est pas là que ca se passe. Les bons groupes de rock n’y sont pas. Certains y passent et c’est super pour eux mais la plupart n’y sont pas. Pareil pour les radios, moi j’aimerai passer partout. Si on nous fait passer loony for the moon ou ma part d’ombre ou bigger than biggest j’ai aucun soucis. Sauf que ces morceaux ne sont pas fait pour passer. Cela ne corespond pas aux canons. Il faut que ce soit rock mais sympathique quand même. Et là-dessus je pense qu’il y en a qui sont meilleurs que nous.».

Espritjeune : Un Ep digital est sorti avant l’album. Que penses-tu de cette diffusion de la musique via internet ?
Romain Humeau : «On ne peut pas faire face au piratage. Je ne sais même si j’ai envie de faire face. Ce n’est pas vraiment le piratage qui me dérange c’est plutôt l’éducation des 10-18 ans qui sont habitués à dire que la musique est gratuite. Or la musique ne devrait pas être gratuit j’en suis convaincu. Par contre elle devrait être 10 fois mois cher ca on le dit depuis un moment. Je suis pas pour que les gens prennent les morceaux pour 0 euros mais qu’ils payent 1 euros pour un album. Même en matérialisé. Il y a un véritable problème, mais il a changé on en vient à me dire que le piratage c’est bien ca aide à se faire connaître et tout, les gens viennent plus à tes concerts. C’est pas vrai, les concerts se vident de plus en plus. C’est très dur pour pas mal de gens même connus. Je suis d’accord avec le chanteur de Iam, Akhenaton, ce qu’il faut faire c’est une médiatéque ou tu empreintes une chanson pendant deux trois semaines via le net gratos. Mais c’est biodégradable et ca se détruit. Après si tu la veux tu vas l’acheter. Par contre, il faudrait aussi que la fnac, les maisons de disques, les éditeurs prennent beaucoup moins, parce que un artiste sur un disque touche 7-8% du prix du disque. Avec ca tu ne vis pas. Quand un disque coûte 22 euros et que tu palpes que dalle quand tu en vends 15000 tu arrives à vivre un peu plus de 3 mois. Et à l’heure actuelle, 15000 il faut les vendre. Il y un véritable problème du prix du disque et c’est dommage. Il faut faire attention à la qualité, je veux dire mp3 sans pochette ca rime à rien non plus.
Cela étant dis il paraît que les gens téléchargent moins, mais ils achètent aussi moins de disques et les gens vont moins au concert en ce moment. C’est cool vive la culture.».

Espritjeune : Que se passe t-il quand vous êtes sur scène ?
Romain Humeau : «Il se passe jamais la même chose déjà. Le traque est toujours présent et il me fait flipper, essayer de faire monter le concert en flèche, des fois ca marche et des fois il faut le dire cela ne marche pas. Et ça j’aime bien, on est pas des robots, on a pas un show calculé avec la bonne lumière qui va bien au bon moment, le petit saut de cabris à l’autre moment. Tout ça cela reste rock et ca se passe comme dans tous les styles musicaux. Ca doit vivre donc il faut que ce soit un peu dangereux et on toujours changé nos setlist jamais jouer les mêmes morceaux. Pas avoir l’habitude. Cela ne nous confère pas un statut de groupe de scène bien rodé on va dire. Moi ca m’effraie ce mot là être rodé. Je crois que c’est le début de la vieillesse. Et plutôt imprévisible. Dans le bon comme dans le mauvais!».

Espritjeune : Un rêve de gamin va bientôt se réaliser pour vous. Un concert à l’Olympia le lundi 19 novembre. Chanter vos textes dans une enceinte aussi mythique, cela doit vous faire quelque chose?
Romain Humeau : «C’est fabuleux! C’est un peu dommage que cela se déroule dans le contexte actuel avec la maison de disque. Du coup il n’y pas eu de promo pour cette Olympia donc c’est pas évident de le remplir, c’est quand même 2420 place. Pour moi l’Olympia c’est quand j’étais gamin j’avais la vidéo de Brel à l’Olympia  c’est très lié à se souvenir. Après j’ai vu Franck Black. Des grands noms sont passés les Beatles, Léo Ferret. Il y eu Sylvie Vartan aussi enfin ca c’est différent (rires). Pleins de gens superbes quoi. Il faut pas oublier qu’il y a sans doute eu les plus belles versions de ne me dites pas qui ont été chantées dans cette salle et ça c’est monstrueux.».

Espritjeune : Qu’est ce qui te fait réagir actuellement dans la société, dans le monde?
Romain Humeau : «Je crois que c’est l’idée de peur. Sans s’en rendre compte, on s’est fourboyer dans une sorte de tunnel en forme de peur. Les gens ont peur. De pas avoir de sou, de ne pas y arriver. Cela fait un moment qu’on parle de sécurité et on chercher à résoudre les problèmes non pas en amont mais en aval. Et les médias qui donnent envie aux gens des choses qu’ils ne peuvent pas avoir ce qui entraîne des méfaits. Ils ne jouent plus ce rôle de médiateur culturel. Eduquer, informer et donner le choix.».

Espritjeune : Qu’aimerais-tu passer comme message aux membres de Espritjeune.com?
Romain Humeau : «J’aime bien ce mot là, Espritjeune! C’est lié aussi à l’idée de curiosité. Dans ce sens là si vous êtes curieux bougez vous le 19 novembre. On joue à l’Olympia et peut-être que ca vous plaira.».

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