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Interview de Stéphane Amiel

Stéphane Amiel, c’est un fana de punk rock et de new wave. C’est aussi l’organisateur du festival Les Femmes s’en Mêlent, dont on vous a parlé récemment. Cette fois, il nous en dit plus et nous livre sa vision d’une scène féminine 100% punchy pour l’édition 2014 !

Peux-tu décrire en quelques mots, pour nos lecteurs, en quoi consiste le festival des Femmes s’en Mêlent ?

Présenter des artistes féminines qui créent des musiques dites indépendantes. De celles qu’on n’a pas l’occasion de voir souvent en France ou qui sont dans une optique DIY (do it yourself : elles travaillent elles-mêmes à produire leur album, donc à l’écrire et ensuite à le défendre sur scène). Oui, c’est ça, Les Femmes s’en Mêlent est un porte-voix de projets originaux.

Il y a une foule d’artistes féminines qui vont se produire pendant quelques semaines : as-tu des préférences dans la liste ?

J’ai des préférences, c’est vrai. Mais j’aime bien aussi être étonné et surpris. J’ai mes goûts personnels mais après ça ne rentre pas tout le temps en ligne de compte dans le festival. Si on faisait juste en fonction de mes goûts, ça serait 100% punk-rock ou new wave. J’aime beaucoup aller vers des domaines que je connais moins comme l’expérimental, le hip-hop, l’électro. L’idée du festival en règle générale c’est de montrer une scène féminine éclectique, avec des artistes qui viennent d’horizons différents et qui sont là pour exprimer toute leur créativité.

Le festival nomade, qui bouge de ville en ville c’est une chouette idée. Mais les Femmes s’en Mêlent vont aller faire une tournée à l’international un de ces quatre ?

Oui, bien sûr ça se peut, on mène un raisonnement là dessus ! Je pense que le concept peut s’exporter. D’ailleurs on a une édition qui commence à Montréal, on fait aussi une soirée à Göteborg en Suède dans quelques jours. On a également parlé de la Turquie (bon ça ne se fera pas cette année, mais j’espère que ça sera bientôt). Puis j’aimerais beaucoup aller en Amérique Latine : on a crée des contacts avec le Mexique mais c’est plus compliqué pour les filles. Quand c’est un style traditionnel ça passe, mais quand c’est du rock ou du punk rock et que ça remet en cause une société machiste, ça pose plus de problèmes. Donc oui, exporter Les Femmes S’en Mêlent, c’est une envie. Après, il faut aussi avoir le temps.

Il y a beaucoup de genre musicaux et de personnalités qui vont se croiser sur scène. Tu peux nous rappeler ce que l’on va pouvoir écouter ?

Eh bien disons que les styles (que ce soit pour les artistes hommes ou femmes) sont plus indéfinissables à l’heure actuelle. Une scène électro se nourrit d’un tas d’influences : on a des rappeuses qui vont être présentes comme Dominique Young Unique ou Gnucci, mais aussi des filles qui font dans la pop, le folk, l’électro, le hip hop, le métal … Et puis après il y en a d’autres qui vont imprégner leur musique de sons orientaux, d’influences russes (comme l’artiste bulgare D E N A) … Beaucoup d’artistes sont sur plusieurs styles en même temps ! Enfin, ce qui prédomine lors du festival, c’est le style pop avec une énergie vraiment rock’n’roll. On trouve vraiment tous les sous-genres de la musique pop et indé …  C’est un mélange d’artistes très intéressant !

Quand on entend le nom « Les Femmes s’en Mêlent », ça sonne un peu féministes enragées. Est-ce qu’un jeu de mot se cache quelque part ?

Oui c’est vrai que quand on lit LFSM, ça fait un peu sigle de syndicat féministe. Mais c’est normal, parce que quand on a commencé le festival en 97, il y avait très peu de femmes. Pourquoi Les Femmes s’en Mêlent ? Parce qu’elles investissent un domaine où on les sous-représentait et où ne les voyait pas beaucoup. Dans l’industrie musicale c’est la même chose.

Il y a aussi ce jeu de mot avec « s’emmêler » qu’on trouvait très sympa. S’emmêler c’est plusieurs personnes, plusieurs styles, plusieurs artistes. Je pense que le nom « Les Femmes s’en Mêlent » rend hommage aux artistes et surtout aux voix féminines par lesquelles on a été vraiment influencés au départ. Après, on peut dire qu’on milite pour développer un autre type de scène. On donne la chance à des artistes peu connues de tourner et jouer dans de bonnes conditions. Leur procurer les meilleurs outils techniques et promotionnels pour jouer et se faire connaître du public, c’est aussi une de nos envies ! Après je pense qu’on devient féministe, naturellement. Il y a plein de façons de l’être (de manière musicale aussi).

Le festival se réclame de la scène musicale féminine indépendante. Est-ce que tu penses que ce genre d’événement peut contribuer à faire connaître des filles qui sont dans l’ombre depuis un bout de temps ?

Oui carrément ! Quand on invite une artiste sur le festival, ça lui permet parfois de sortir un album et d’enclencher une machine. Quand on aime le projet, on permet à l’artiste de profiter du festival comme un moteur et un accélérateur. On a travaillé avec pas mal de labels indés et français. Beaucoup d’artistes ont trouvé un deal avec des labels après avoir joué durant le festival. Donc c’est sûr que ça a un impact. Pas pour toutes, mais la majorité d’entre elles a l’opportunité de créer quelque chose de concret.

On va quand même avoir droit à des stars non ? (je pense direct au groupe Cults).

Oui, un peu plus connus que le reste mais en même temps c’est pas très connu non plus (rires). Moi je ne veux pas parler de têtes d’affiches parce que c’est l’ensemble qui forme une belle affiche. Ce sont tous les artistes qui donnent au festival sa valeur. Cults, ça faisait longtemps que je voulais les faire jouer et on a aussi été les moteurs de leur tournée. Depuis plusieurs années, on les tanne avec force et conviction pour qu’ils viennent. On a monté plein de dates, on a beaucoup travaillé et au final ils seront présents. Du coup, leur album (sorti l’année dernière aux US) sort maintenant en France (je pense que ça a décidé Columbia / Sony à le mettre dans les bacs). Donc c’est vraiment pas mal !

Comment ça se passe au niveau des « sélections » d’artistes ?

Une programmation, je crois que c’est un mélange de plein de choses : des opportunités, des coups de cœur pour des artistes, des inconnues, des qui sortent leur album au bon moment, d’autres qu’on nous propose (les spectateurs nous font également leurs recommandations, quand ils ont envie de voir jouer telle artiste ou telle autre sur scène). C’est aussi des rencontres, du bouche-à-oreille (des artistes invitées qui proposent à d’autres de venir jouer). Dans un festival il y a toujours une part de hasard, mais il faut vraiment essayer de trouver un équilibre, voir ce qui a manqué par rapport à l’édition précédente, ce qu’on pourrait ajouter, etc. Et puis parfois, il faut aussi se laisser guider sans trop préparer à l’avance et se laisser surprendre.

Penses-tu que Les Femmes s’en Mêlent deviendra une scène aussi connue que les festivals Primavera ou Coachella, par exemple ?

Ah ça non jamais ! Et puis ça n’est pas le but. Primavera ou Coachella ne font pas vraiment de choix variés. Ce type de festivals, c’est de la musique « de supermarché » alors que pour Les Femmes S’en Mêlent c’est un choix très fort.

Quant à la notoriété, on l’a déjà grâce au bouche à oreille. On peut se permettre d’être un petit festival, parce qu’on accueille des artistes qui peuvent s’exprimer devant 100 / 150 personnes. Du moment que ça reste pertinent, original.On n’est pas du tout sur les mêmes échelles que les « gros festivals », même si on partage parfois des goûts musicaux similaires ou certains artistes (comme les Yeah Yeah Yeahs, que j’adorerais avoir sur Les Femmes S’en Mêlent, mais pour le moment c’est impossible). Nous, on est un festival indépendant, avec très peu de moyens, on n’a pas de partenaires financiers. LFSM c’est un vrai mouvement de résistance. On arrêtera le jour où on en aura marre parce qu’on aura plus les moyens de le faire (rires).

Pour la fin, as-tu une anecdote à nous faire partager sur une artiste ou durant un précédent festival ?

Celle qui m’a impressionnée c’était Shannon Wright. On l’a fait jouer deux fois au festival. La première fois elle partageait la scène avec Cat Power. Je pense que beaucoup de gens venaient pour Cat Power et ne l’écoutaient pas vraiment jouer : ils parlaient, faisaient du bruit. À un moment Shannon Wright s’est arrêtée et a poussé un grand cri. Tout le monde a fait silence. Et là elle a recommencé son concert avec une force et une énergie qui m’ont vraiment impressionné. C’était incroyable, elle a glacé les centaines de spectateurs qui étaient devant la scène ce soir là. Difficile pour Cat Power de passer après ça, en arrivant toute seule avec son petit piano. Oui vraiment Shannon Wright m’a marqué par cette espèce de rage et de présence qu’elle a sur scène.

Il se passe un tas de choses sur ce genre de festivals itinérants !

Stéphane Amiel – Organisateur du Festival Les Femmes s’en Mêlent.

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