Jeff le Nerf – Tout ce que j’ai – Le clip

Jeff écrit pour lui, c’est un besoin. Certains rappent pour se dépenser, se défouler, mais pour lui, c’est en quelque sorte une thérapie. Et l’écriture est à l’image de ce mec normal : sobre, directe et poignante ! Ce qui intéresse Jeff, c’est ce qu’il y a à l’intérieur d’une personne. Cette personne, c’est lui particulièrement, sans jamais tomber dans le misérabilisme. Avec un père sicilien et une mère libanaise, Jeff a hérité d’un tempérament affirmé, tout en l’éloignant d’un américanisme outrancier.

La plume reste en roue libre et les techniques de flow ne sont jamais en veille. Ses rimes fracassantes télescopent les sentiments. Jeff Le Nerf réussit à faire groover la poisse avec un groupe imaginaire qu’il a créé de ses propres maux avec la tristesse à la guitare sèche, la rage de vaincre à la rythmique et les touches de piano, chacune une parcelle de sa vie d’indressable. "Je me lâche, ça fait du bien et ce n’est surtout pas calculé. Et je ne vais pas raconter une histoire triste sur un son délirant qui me plaît ! Moi je rappe français ! Je ne veux pas m’enfermer dans une case rap de rue ou rap comique. Je peux autant faire des morceaux qui font sourire que d’autres qui font réfléchir. Je peux avoir un côté introspectif et un autre plus taquin, cynique."

En effet, entre des morceaux tels Jeff le nerf est-il fou? véritable réflexion sur la folie dans tous ses aspects, Chez Moi ou Génération, le Grenoblois apporte aussi un soupçon de déconne dans un univers de textes bruts comme le déluré Edouard Sirkoza. Mais attention, toute ressemblance avec des personnes ayant existé, serait purement fortuite ! "Quand tu réfléchis bien, on peut reconnaître une bonne partie de nos hommes politiques. Il s’appelle Edouard comme Balladur, il parle de pots de vin comme… Plein d’autres ! Ce morceau a 3 ans et à la base, ce n’était même pas du second degré ! C’était le début de la tolérance zéro avec un flic par personne. Un véritable Etat policier… "

Et pour appuyer ses ambiances éclectiques, il s’est seulement concentré avec ses producteurs de toujours Ko et Pedro, artisans de la mélodie tapageuse à souhait et des rythmiques ciselées au millimètre tels les crânes découpés par le mauvais Sylar dans la série Heroes. "Ils sont très larges dans leurs palettes, je n’ai eu qu’à piocher. Ils me connaissent très bien. Je n’ai pas pensé spécialement à une couleur d’album, même si j’ai équilibré un peu. Je voulais un album large, comme a été ma vie."

Qui dit vie large, dit souvenirs, leçons de vie… Le Nerf n’a donc pas eu besoin d’invités pour combler les trous : "J’avais déjà 50 solos à placer pour 15 plages. Avec les featurings, ça ferait un album super long. Je ne veux pas qu’on dise qu’il est allé là et là prendre des invités afin de vendre des disques. En plus, j’ai fait pas mal de featurings notamment sur tous les derniers projets IV My People : je voulais rapper avec un mec des NTM, c’est fait, avec Oxmo, Salif, Sinik et Dadoo aussi… Et puis pas de meuf pour chanter mes refrains, j’y vais avec mes couilles et mon caractère de clasheur !"

Jeff a souvent arrêté le rap, "cinq, six fois" révèle-t-il. "La dernière fois, c’était il y a un an, l’album était en court… Mais que cela ne marche pas, ne me fait pas flipper pour autant, il faut savoir relativiser." La pente a été remontée. Malgré tous les aléas de la vie d’apprenti artiste, il dit "avoir sorti son micro de la merde pour en faire de l’or"…

Rap déterminé ("Mon album ne s’appelle pas Tout ce que j’ai pour rien !"), assemblage de rimes destructrices. Partisan d’un rap poignant, à la tête haute, Jeff Le Nerf n’est pas venu pour faire seulement du bruit au démarrage…

Voici donc un "Very Irritable People" risquant de devenir un Very Important People grâce au premier jus d’un cépage qui n’a pas fini de nous enivrer.

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