Jim Morrison _ I – L’arc est bandé

James Douglas Morrison naquit le 8 décembre 1943, à Melbourne en Floride.
Il est le fils aîné d’un brillant officier de marine, George Steve Morrison et de sa femme Clara, (née Clarke, fille d’un avocat américain communiste).
Alors que la famille avait déjà déménagé deux fois, naquit Anna, en 1947 , puis Andy, en 1948.

George Morrison est nommé amiral; dès lors la famille sera contrainte de déménager tous les deux ans, environ.

Décembre 58: 4ème déménagement des Morrison, cette fois, en Virginie, à Alexandria.
Probablement incité par le nom de la ville, Jim lit la biographie d’Alexandre le Grand, de Plutarque. Celle-ci devient sa lecture favorite.
Jim commence à écrire. Il se met à tenir un journal, des calepins qu’il remplissait quotidiennement de remarques, d’idées, de phrases trouvées dans les publicités, de fragments de dialogues, de pensées et de passages de certains livres.
La poésie commençait à prendre plus de place, dans ses lectures, dans sa vie.
Jim découvre, avec un intérêt particulier, des grands auteurs telsque Balzac, Baudelaire, Rimbaud, Molière, Joyce, Camus, ainsi que les grands existentialistes français, et le préféré de Morrison: Nietzsche ( le philosophe-poète allemand dont les vues esthétiques et morales, ainsi que la dualité appolienne/dionysiaque reviendront sans cesse dans la conversation de Jim, ses chansons, ses poèmes et sa vie) .
L’image romantique du poète prenait corps. Il fut frappé par la légende rimbaldienne, cette tragédie prédestinée, ainsi que par son homosexualité. Il fut aussi marquait par l’alcoolisme de Baudelaire, Dylan Thomas, Bredan Brehan ; et par la folie et les manies de tant d’autres, dont les visions furent mêlées de souffrances.
Ces pages devinrent le miroir où Jim contemplait son reflet.
Etre Poète, ce n’est pas seulement écrire des poèmes.
C’est vous engager à vivre et à mourir avec un style grandiose ; ainsi qu’à se lever chaque matin, consumé par la fièvre, sachant que rien d’autre que la mort ne l’apaisera ; et, convaincu que cette souffrance offrait une récompense unique.
« Le poète se fait voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens. Toutes les formes d’amour, de souffrance, de folie ; il cherche lui-même, il épuise en lui tous les poisons, pour n’en garder que les quintessences. Ineffable torture où il a besoin de toute la foi, de toute la force surhumaine, où il devient entre tous le grand malade, le grand criminel, le grand maudit – et le suprême Savant ! – Car il arrive à l’inconnu ! (…). Qu’il crève dans son bondissement par les choses inouïes et innommables : viendront d’autres horribles travailleurs… ».

Jim chassait parfois des guêpes imaginaires en cours. Il se faisait opérer de tumeurs au cerveau, ou était victime d’autres histoires incensées, pour sécher. Aussi, il refusait d’aller au fête de fin d’années (où était remis les diplômes etc.). Jim obtenait, toute fois, d’excellents résultats, en fournissant un minimum d’effort.
Si déplaisant qu’il pouvait être, il n’avait aucune difficulté à se faire des amis. Tous se disputaient son attention.
De par ses manières, Jim intriguait bien des gens.
Quand il traînait dans tout Alexandria en clarks, treillis et chemise Banlou, les cheveux trop longs, on le trouvait gentiment distant, au pire original.

D’autres fois, il était étrange, mystérieux.
Il demandait souvent à des amis de l’emmener dans les bas quartiers de Washington, et là il s’en allait à pied sans donner d’explications.
Où allait il ? Que faisait il ? Certains pensent qu’il allait voir un ami rencontré à une de ces bizarres petites librairies qu’il fréquentait. D’autres, disent qu’il allait en cachette écouter des Noirs chanter du blues, dans des bars minables.

A cette époque, Jim rencontra Tandy Martin. Ensemble, ils parlaient de leurs craintes, de ce qu’ils avaient en commum, de ce qu’ils espéraient devenir. Jim disait vouloir devenir écrivain, pour faire toutes les expériences. Il dit aussi, une ou deux fois, qu’il voulait être peintre ; et donna à Tandy deux petits tableaux. L’un était son portait en forme de soleil ; l’autre était un autoportrait où Jim était un roi.
Jim lui faisait aussi d’étranges visites au clair de lune. Il se tenait immobile dans la cour des Martin, silencieux, et regardait la fenêtre de Tandy.
Elle prétend qu’elle se réveillait à chaque fois, mais que Jim était parti lorsqu’elle arrivait dans le jardin. Et si elle l’accusait de l’avoir réveillée, celui-ci disait ne pas avoir quitté son lit.

En 1960, Jim est envoyé chez ses grands parents en Floride, où il fréquente le lycée de Clearwater.

Jim se mit à sortir avec une petite bande d’étudiants du lycée, avec lesquels ils allaient boire. Dans les bals, il se soûlait et se tenait dans un coin, déclarant qu’il était un arbre. Il s’enivrait à toutes les soirées, cependant Jim ne s’était pas encore mis à boire beaucoup, ni régulièrement.
S’enivrer, pour Jim, était quelquechose de spécial, un événement: « C’était comme s’il ne buvait que pour se soualer, sinon il ne buvait pas », rapporte un camarade de classe.

En juillet, il rencontra enfin une fille prête à remplacer Tandy Martin (à qui il avait cessé de donner des nouvelles), dans le rôle de confidente et de petite amie.
Mary Frances Werbelow avait presque seize ans, un peu plus d’un mètre soixante, de long cheveux bruns, jolie. Elle était catholique et d’allure calme, comme Jim, ce qui lui donnait un air de maturité. Elle lui dit qu’elle enseignait à mi-temps au Studio de danse de Fred Astaire de la ville, et qu’elle voulait, un jour, devenir, danseuse professionnelle au cinéma.

Puis en septembre 61, il s’inscrit à l’université de Tallahassee, où il suit des cours de théâtre principalement.
Il partageait une maison moderne avec cinq étudiants, à moins de deux kilomètres du campus. Il ne connaissait que deux des étudiants avant d’amménager, les autres n’étaient que des collocataires. Jim buvait leurs bières, mangeait leurs provisions, sans ne jamais rien demander.
En moins de trois mois, ils les avaient tous affolés. Chacun vivait dans la crainte de ce qui allait se passer ensuite.
Tout explosa un beau soir de décembre. Jim avait mis Elvis trop fort. Ils lui dirent de changer ses façons, ou de partir. C’était leur problème, dit-il, il ne faisait rien qu’il ne puisse supporter, eux-mêmes ne faisaient aucun effort ; pourquoi lui demandaient-ils de changer, alors qu’il ne leur demandait pas ? En fin de compte, ils lui demandèrent de partir. OK. répondit Jim. La nuit même il rangea ses affaires, le lendemain ils avaient disparu.

Il emménagea alors dans une caravane installée près du campus. Cela lui coûtait 50 dollars par mois, soit la moitié de ce que lui envoyaient ses grands-parents.
Ses parents aussi lui envoyaient de l’argent. Jim devait écrire une lettre par mois, pour recevoir des sous. Son frère raconte que dans ses lettres, Jim ne parlait pas de ses petites amies, ni d’autres sujets personnels.
Il racontait une histoire. Par exemple, qu’il était au cinéma quand un incendie s’était déclaré. Tout le monde avait, alors, paniqué et s’était bousculé pour sortir; lui seul avait gardé son calme: il était monté sur scène, s’était mis au piano et avait chanté une chanson, ce qui avait tranquillisé le public, qui avait pu dèslors sortir sans encombre du cinéma.
Une autre lettre racontait avec force comment il avait vu un homme se noyer dans un marais.

Souvent, le weekend, Jim faisait du stop jusqu’à Clearwater pour aller voir Mary. Il était toujours fasciné par son innocence, intimidé par sa virginité psychologique et physique.

Jim suivit deux cours qui l’influencèrent.
Le premier traitait des philosophes de la révolte, les esprits critiques, sceptiques, opposés à la tradition philosophique : Montaigne, Rousseau, Hume, Sartre, Heidegger, et Nietzsche.
Le second étudiait les comportements collectifs, la psychologie des foules.
Bryan Gates, seul intime de Jim à cette époque, raconte : « Il pouvait entraîner les professeur dans des discussions stupéfiantes, qui nous laissaient sans voix. Jim semblait en savoir si long sur la nature humaine qu’il avala ce cours sans le moindre effort. Moi, les livres, je devais les potasser, mais on aurait dit que Jim les avait écrits lui même. Le professeur, devant toute la classe, se rangeait à son avis. Il nous dit que son dernier exposé était le meilleur qu’il n’ait jamais vu, venant d’un étudiant aussi peu préparé que l’était Jim ; et qu’il ferait honneur à n’importe quel candidat au doctorat. »
Jim avait lu Eros et Thanatos, de Norman O. Brown, une interprétation freudienne de l’histoire, disant qu’il faut considérer l’humanité comme largement ignorante de ses propres désirs, hostile à la vie, et inconsciemment acharnée à sa propre destruction, thèse qui l’avait séduit. Jim tira de cette ouvrage comme thèse que les foules pouvaient avoir des névroses sexuelles semblables à celles des individus, qu’on pouvait rapidement et précisément diagnostiquer, puis les « guérir ».
Le professeur était fasciné ! « Les derniers cours furent consacrés à discuter cette thèse, dit Bryan, Geschwender [le professeur], et Jim furent seuls à parler. Ils nous laissent loin dernière. Nous ne savions même pas ce dont ils parlaient. »
Impatient de mettre sa théorie à l’épreuve, Jim pressa trois de ses connaissances de se joindre à lui pour faire éclater une assemblée d’université. Les amis s’éclipsèrent !

En 1964, Jim rentrait en section cinématographique à l’université de LosAngeles (U.C.L.A.), où y enseignaient, des réalisateurs telsque Stanley Kramer, Jean Renoir et Joseph von Sternberg. Il y régnait une ambiance d’exaltation presque anarchique.
Mais une année sans rien de très notable.
Le weekend, Jim allait sur la plage de Venice, qui avait été la Mecque de la génération Beat, pendant les 50′s. Une tradition de bohème s’y était maintenue: poètes, peintres, étudiants pouvaient y louer pour peu cher de grandes chambres.
Mary le rejoint. Elle trouva vite un emploi au centre médical de l’UCLA et loua un appartement, ce qui consterna Jim. Elle dit qu’elle allait se chercher un agent et se faire engager comme danseuse – un jour peut être feraient-ils un film ensemble. Ses amis disent que Jim, avait l’air plus content que jamais. Même si tout ne se passait pas comme il l’aurait souhaité, sa bien-aimée et lui étaient enfin ensemble en Californie.

Au printemps 65, Jim obtient son diplôme, et une fois encore il refuse de se rendre à la fête de fin d’année; et recoit son diplôme par courrier.
Jim et Mary s’éloignèrent l’un de l’autre. Elle affirmait encore qu’elle serait une star, que c’était son destin. Jim l’avait d’abord toléré, puis essayé de l’en détourner…

10 commentaires

  1. Anonyme

    Juste environ 3 fautes dans tout l’articles, bravo ! ca sentirais pas l’article euh copié? mdr non je rigole bien sur, je ne connaissais vraiment pas beaucoup ce personnage et grace a toi …… allé 10 parce que jsuis malade et de bonne n’humeur ^^

  2. Anonyme

    Euh… Merci!
    Pour l’article copié, nan!!
    Je le prépare depuis le printemps dernier cet article.
    Enfin c’est la synthèse d’environ 2000pages de lecture.
    D’ailleurs si quelquun trouve sur internet un article encore plus complet, qu’il me le dise ca m’intéresse!^^

  3. Anonyme

    Oui, merci Flo.
    J’avais d’ailleurs corrigé les dernières fautes sur un article imprimé; mais je l’ai égaré, et je n’ai pas eu le courage de recommencer!
    Donc désolée pour les dernières fautes.

  4. RIDAVITO

    Je suis d’abord un passionné de Cantat, et d’ailleurs je trouve que outre que la ressemblance tienne à la portée des textes et au charisme du chanteur, elle est aussi physique!!. C’est le personnage de Jim Morrison qui m’a invité à connaître les Doors, et pas le contraire, son existence mystérieuse… mais il s’agissait en fait de trouver le point de concours de la Noirceur, de ce qui mèle les textes troublés et troublants au destin tragique, et bien que tu dises que Morrison avait une préférence pour Nietzsche , Rimbaud (tu en parles bien) reste sinon l’exemple, du moins la question, et le destin révelera un atavisme troublant, dans ce qui sera son expérience des « paradis artificiels », ainsi que dans le talent et la mort prématurés.. d’ailleurs tu ne donnes pas d’indication sur le texte que tu mets entre guillemets mais il s’agit bien d’un texte de Rimbaud… c’est cette analogie entre les deux hommes à un siècle de distance qui est troublante, Jim a fait un pelrinage à Charleville, ville de naissance de Rimbaud…. et il ne serait pas étonnant que la vie de Morrison, ne soit que l’histoire d’une saison en enfer…. ton article est excellent.

  5. JiM!!!

    Qu’entends-tu par le « point de concour de la noirceur »?
    Le texte que je cite est bien de Rimbaud; il est extrait d’une lettre à son ancien prof de français (dont j’ai oublié le nom).
    Je ne savais pas que Morrison avait été faire un pélerinage à Charleville. Intéressant…!
    Il est difficile de dire que la vie de Morrison « n’est que… » (même si c’est joliment dit), car elle n’a pas été que noire, et c’est impossible de dire ce que réellement il en pensait. Je ne crois pas qu’il ne l’aimait pas…
    Au fait, je vous recommande Une Prière Américaine et Seigneurs et Nouvelles Créatures en version bilingue évidemment!^^

  6. _paranoya_

    Le fait d’avoir une vie noir, ne veut pas dire une mauvaise vie… ce qu’il y a c’est que Rimbaud (dont le prof de français à qui il écrit cette lettre s’appelait Georges Izambard) reste et pour encore bcp aujourd’hui, une énigme. Et à mon avis, Morrison ne pensait pas que sa vie était nul, mais qu’une vie (au sens générale) ne vallait pas grand chose, et que son but c’était la poésie. Et pour se faire « voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens » et bien comme baudelaire, comme rimbaud, c’est par la drogue et l’alcool… ce que j’appelle noirceur, c’est en fait une contestation du monde tel qu’il est, insuportable…

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