Jim Morrison – II – La flèche est lancée – été 65~fin67

L’été 65, Jim vit en vagabond sur le toit d’une maison à Venice. C’est à cette période qu’il goutte au LSD et à la marijuana. Il écrit aussi des textes, des poèmes qui deviendront pour bon nombre, les paroles des chansons des Doors.

Un peu plus tard, sur la plage, il rencontre un ancien camarade de classe de l’université, Ray Manzarek. Morrison aurait chanté Moonlight Drive à ce dernier, qui fut agréablement surpris. Ils décident de monter un groupe de rock, qui se nommera (d’après l’influence de Jim) The Doors, tiré d’une citation de William Blake : « Il y a le connu et l’inconnu, et entre les deux il y a les portes, les portes de la perception ». Ils « rencontrent » quelques temps plus tard John Desmore, le batteur; puis Robby Krieger, le guitariste.

Jim écrit à ses parents pour leur faire part de son projet. La réponse de son père ne cache son opinion: stupidité du projet etc. C’est la bonne occasion pour Jim de rompre définitivement avec ses parents.

C’est aussi à cette époque qu’il commença à fréquenter Pamela Courson.
Pamela était rousse, et avait des taches de rousseur partout, sur le dos des mains, sur son visage de faon pâle et fragile, sur son corps mince comme une liane, comme si elle était saupoudrée de cannelle. Elle avait les cheveux longs, raides, avec une raie au milieu, des yeux lavandes translucides, très grands.

Des années plus tard, Pamela dit que Jim lui avait appris la vie, qu’elle était « sa création », selon ses propres termes. Il lui parla des philosophes, lui écrivit un paragraphe sur chacun d’eux, de Platon à Nietzsche, et l’initia aux grandes idées de la pensée occidentale. Il lui fit lire ses carnets, et elle s’institua immédiatement gardienne de sa poésie.

Jim relisait les Portes de la Perception, d’Aldous Huxley: « La plupart de ses modificateurs de la conscience ne peuvent actuellement se prendre que sous prescription médicale ou bien illégalement avec des risques considérables. L’Occident ne permet de consommer sans restriction que l’alcool et le tabac. Tous les autres produits chimiques, les Portes dans la Muraille, sont baptisés drogues, ceux qui en usent illégalement sont des criminels. ». Jim s’amusa de cette description et se mit à en prendre des plus variées et à augmenter les quantités.

Après huit mois de répétition intensive, les Doors étaient nés.
En février 66, le groupe n’avait pas moins de 40 morceaux à son répertoire.
Avec le temps Jim continuer à prendre confiance en lui. Non qu’il crut avoir une belle voix, « je ne chante pas, disait-il, je gueule », mais il savait qu’il faisait beaucoup de progrès.
L’association du groupe avait d’inhabituel le fait qu’il partageait tout en parts égales. Jim écrivait presque toutes les chansons, mais quand ils les enregistraient c’étaient les Doors qui signaient comme compositeur, et les droits d’auteur comme tout ce qu’ils gagnaient étaient partageaient en quatre. Toute décision sur la création était prise à l’unanimité, non à la majorité.

Ils furent engagés dans un club de L.A. La rémunération était symbolique, cependant le boîte offrait au groupe un local pour améliorer leur répertoire, ainsi que l’opportunité de se produire sur la scène du rock, en ébullition à cette période.

Au printemps 66, The Doors fut engagé comme groupe attitré au « Whiskey a go go », le club le plus en vogue de L.A.
A la fin de l’été, le groupe signait avec Elektra Records, une maison de disque.

Les studios étant à N.Y, le groupe rentra fin novembre à L.A. Et Jim emménagea chez Pamela. Ils se voyaient irrégulièrement depuis près d’un an maintenant. Elle n’acceptait pas vraiment que Jim se conduise irresponsablement, mais elle savait qu’il fallait s’y attendre.
« Emménager » pour Jim signifiait simplement qu’il dormait là. Puisqu’il ne possédait presque rien, il n’apportait rien. Ce que Pamela trouvait plus grave, et plus frustrant, c’était que Jim ne partageait pas que SON lit.
Mais en fait cela marchait dans les deux sens.
Quand les Doors étaient à N.Y., Pamela téléphonait trois fois par jour pour essayer de joindre Jim. Elle s’était lassée, et s’était mise à fréquenter un jeune comédien nommé Tom Baker. Quand Jim fut de retour, et que Pamela fut revenue à lui, lui et Tom devinrent amis. Ils découvrirent qu’ils avaient le même amour du théâtre, de la poésie, le même passé nomade et la même aventure avec l’armée.

Le 1er album sort en janvier 67, sous le titre laconique « The Doors ». Le 45 tours « Light my Fire » est à partir de mi-juin, et pour plusieurs semaines, au n°1 du hit parade du 45 tours.

La critique réagit à ces nouveaux sons avec surprise et ravissement. Un journaliste écrit: « La musique des Doors est plutôt surréaliste que psychédélique, plutôt fureur que « voyage ». Non seulement du rock, mais c’est aussi un rite – celui d’un exorcisme psychosexuel. Les Doors sont les maîtres sorciers de la culture pop. Les grognements et les cris atroces qui sortent de la bouche angélique de Morrison sont en réalité tout aussi énigmatiques qu’un cri de papillon. Les Doors déclarent: « il y a des cris que nous n’entendons pas ». Et ils essaient de leur donner forme. Morrison est ange, l’ange de la destruction. Lui et les Doors sont un miracle, beau et satanique, phénix aux cris persans sortis du buisson ardent de la musique nouvelle. » . Au cours de cette même année, le groupe fait une vaste tournée de concerts.

L’appartement de Jim et Pamela était très peu meublé, et on entendait constamment le grondement et le vacarme de la circulation sur le boulevard. Souvent Jim s’installait sur le balcon avec une bière et regardait les gens qui entraient et sortaient d’une petite épicerie, à cinquante mètres de là.
Deux maisons plus loin, dans un garage transformé en atelier, vivait le dealer , Ted. C’est à lui que Pamela achetait de l’héroïne. Elle en prenait rarement, mais la cachait à Jim.

Plus tard, Jim écrira une chanson à propos de leur appartement. Comme toute celle qui parlaient de Pamela, ou qui lui étaient dédiées, on y sentait une hésitation, le refus de s’engager sans retour, et elle se terminait par une pointe cruelle.

Au printemps 67, ils jouèrent devant 10 000 personnes, la première fois qu’ils jouaient devant un public vraiment important, dans un stade d’un lycée de la vallée de San Fernando. Il devait chauffer la salle pour les Jefferson Airplane. Mais le public leur était acquis : quand les Doors s’en allèrent, le tiers du stade se vida.

Après une aventure, Jim retrouva Pamela. Plusieurs autres aventures allaient réapparaître au fil des années, mais Jim disait de Pamela qu’elle était « sa compagne cosmique », expression qu’il n’employait que pour elle.
Elle avait beaucoup de point commun avec lui. Elle était attirante, brillante, préférant l’intérieur au grand air, évitant le soleil et le sport, se plaisant dans l’anonymat de la nuit. Elle essayait volontiers les drogues, plutôt les tranquillisants que les psychédéliques, et au contraire de Jim, avec une pincée d’héroïne. Il lui arrivait aussi de sortir avec d’autres garçons ou de passer la nuit avec un type qu’elle avait dragué.
Par certains cotés, elle ressemblait à la mère de Jim. Il disait à ses amis qu’elle faisait bien la cuisine, qu’elle « construisait son nid ». Et elle le harcelait, elle se sentait exclue par les Doors, elle lui répétait sans cesse qu’elle n’aimait pas la carrière qu’il se choisissait, qu’il était fait pour être poète. Elle lui reprochait aussi de trop boire.

A la fin de l’été, Clara Morrison joignit Jim. Elle le pria devenir lui rendre visite, ainsi qu’à son père. Jim refusa et déclara qu’il ne voulait plus jamais parler à son paternel.

Quelques temps plus tard, Clara et Andy assistèrent à l’un des concerts du groupe à Washington.
Jim avait été averti de sa présence, et s’arrangea pour ne les voir ni avant, ni après le concert.
Et pendant le spectacle, lorsqu’il chanta The End, chanson abordant profondément le complexe d’Œdipe, Clara resta frappée de stupeur, et Andy fut gênait. Après avoir hurlé : « Père, je veux te tuer. Mère, je veux te … BAISER ! », il jeta sur sa mère un regard vide, et hurla une seconde fois, en montrant des dents.

Jim et les Doors voulaient qu’on les prenne au sérieux. Du coup, leurs interviews ressemblaient plutôt à des exposés universitaires. Danny Fields, le promoteur publicitaire d’Elektra raconte : « Il était tellement malin. Il donnait des interviews superbes, avec des citations fabuleuses. C’était ça son secret. Il donnait envie au journalistes d’écrire sur lui, et alors ils ne se moquaient pas de lui. Ils le prenaient tout à fait au sérieux ».

Au mois d’octobre sort le second opus du groupe, Strange Days.
C’est dans ce mois que Jim écrivit ses chansons les plus militantes, notamment Le Soldat Inconnu et Cinq contre Un. Lorsque l’on écoute cette dernière en entier, on croirait une parodie de toute la rhétorique révolutionnaire naïve qu’on entendait dans la rue ou qu’on lisait dans la presse underground des années 60. Ce n’est pas pour dire que Jim avait complètement tourné le dos à la « love-generation », d’où le groupe était sortit, mais même si Jim se sentait beaucoup d’affinités avec ses jeunes fans, il était fondamentalement différent sur bien des points.
Ses origines, son intelligence, sa culture et son éducation le distinguaient d’une grande part de son public. Diplômé d’Université, au lieu de l’avoir abandonnée, lisant énormément, très orthodoxe dans ses lectures, Jim n’était guère l’homme tribal et au delà de la culture, comme le décrivait un certain Marshall McLuhan. Que cela lui plaise ou non, il était clair qu’il venait d’une famille de la bonne bourgeoisie : un jeune homme charmant, soucieux de bien réussir, et sur bien des points conservateurs en politique. Autre détail qui contribuait à l’éloigner de son public : Jim était passé des psychédéliques à l’alcool ; et d’ailleurs ses soûleries prenaient des proportions homériques.

En novembre, dans les kiosques, les « meilleurs » des journaux parlaient des Doors. Non seulement, ils étaient cités, et recevaient des éloges pour leur disque, mais les « seigneurs » de la presse enquêtaient et tentaient de définir les Doors.
« Ses chansons sont mystérieuses, chargées d’un symbolisme quelque peu freudien, poétiques mais peu aimables, suggérant le sexe, la mort, la transcendance… Jim Morrison pourrait être Edgar Poe réincarné en hippie ».

Jim réagissait à son succès dans la tradition des rockers . Il se paya de plus en plus de filles et se mit à dépenser son argent avec une sorte de rage, pas de maison ni de voitures, mais des notes de bar gigantesques, et des vêtements sur mesure. Il avait aussi une petite cour de sycophantes qui le suivait partout. Ils le conduisaient là où il voulait, se battaient pour allumer ses cigarettes et allaient lui chercher à boire.
L’alcool était le philtre magique qui répondait à ses besoins, réglait ses problèmes. Il semblait que c’était précisément la chose à faire à ce moment de l’histoire, boire s’accordait avec l’image dionysienne à laquelle il s’identifiait, celle qu’il aimait présenter. C’était également solidement ancré dans la culture américaine.

5 commentaires

  1. brun56

    oaa c’est vachment interessant, tu as dit chercher des tas de renseignements pour savoir tout ça ^^ c’est même plus la peine de lire la bio officielle ou de voir le film ^^

  2. Lamenoir

    Heu bah oui, j’ai réussi l’exploit de ne pas trouver le temps de corriger les quelques fautes ni d’inserer qqes photos dps l’été dernier ( d’ailleurs j’ai meme pas été capable d’en inserer certaines à la bonne place).
    Et la fin de sa vie même pas encore rédiger…

  3. Anonyme

    bah le film pour savoir qui était Morrison, je vous le déconseil…
    Ca peut peut etre donner un ton…
    Je vous filerai la liste des bouquins un de ces quatre (autrement dit quand j’aurai le courage!!)

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