John Fante : Bandini

           Un drôle de personnage que ce Bandini, son nom évoque un voyou, voire un gangster, débordant d’orgueil, d’arrogance et de virilité. Son prénom Arturo évoque un dictateur. Et pourtant, Bandini n’est pas cela. Arturo Bandini est John Fante. Ou l’inverse. John Fante est né en 1909 dans le Colorado, fils d’immigrés italiens. Issu d’un milieu modeste qu’il déteste mais respecte, le prolétaire Fante trouve une échappatoire dans les oeuvres de Dostoïevski, Nietzsche, London ou encore Knut Hamsun. Il écrit lui même, et l’oeuvre de sa vie sera sa vie elle même. A travers Bandini, Demande à la poussière, La route de Los Angeles et Rêves de Bunker Hill, c’est son histoire que Fante couche sur le papier. Romancier autobiographe, il nous conte dans Bandini sa jeunesse, celle du personnage d’Arturo Bandini prisonnier de l’enfance, de la misère, de sa famille. Son père Svevo Bandini, ouvrier au chômage, est un coureur de jupon et un buveur invétéré. Autoritaire avec ses enfants, il l’est également avec sa femme Maria. La mère d’Arturo est une femme pieuse, dévouée corps et âme à sa famille, elle endure les souffrances et endosse les responsabilités sans une plainte. Les finances sont très serrées et les relations tendues. Dans cette cellule familiale, Arturo cherche sa place. Mais il est piégé dans ce lieu de combat permanent, de trahison et de désillusion à répétition.

          Fante écrit avec intelligence, les tranches de vie qu’il met en scène sont d’une authenticité frappante. Son écriture sèche et lyrique à la fois sert à merveille son propos. On suit les tribulations du jeune Bandini, ses premiers émois pour les femmes, l’éducation de l’école jésuite, un père qu’il ne peut se résoudre à haïr et une mère qu’il ne peut se résoudre à plaindre, tellement il l’aurait voulu plus forte et moins victime. Fante met en scène la corruption de l’âme, les interrogations de l’enfant et toutes les contradictions qui vont avec. Il sait jouer d’anecdotes en tout genres pour, à défaut de tenir le lecteur en haleine, le séduire et l’emmener dans ce Colorado en plein hiver, dans les années 1920.

          L’auteur a ouvert une porte à d’autres, comme Bukowski qui le considérait comme son maitre, et Bandini comme son héros : "Peu de temps après avoir lu ses livres, j’ai commencé à vivre avec une femme, elle était une plus grande ivrogne que moi, nous avions de grandes bagarres; souvent je lui criais : "Je ne m’appelle pas Fils de Pute, je m’appelle Bandini, Arturo Bandini." Fante était mon dieu ". Et si l’auteur de Bandini est moins cru que Bukowski dans le texte, il n’en est pas moins fort.          

Extrait : « Je les vois tituber à la sortie de leurs palais de cinéma, même qu’ensuite ils clignent leurs yeux vides pour affronter de nouveau la réalité ; ils rentrent chez eux encore tout hébétés et ils lisent le TIMES pour voir ce qui se passe dans le monde. J’ai vomi à lire leurs journaux, j’ai lu leur littérature, observé leurs coutumes, mangé leur nourriture, désiré leurs femmes, visité leurs musées. Mais je suis pauvre et mon nom se termine par une voyelle(…) ».  

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