La question arménienne refait surface

Un peu d’histoire

Le 24 avril 1915, l’arrestation de plus de 600 notables et intellectuels arméniens, lors d’une rafle ordonnée à Constantinople par les nationalistes Jeunes-Turcs alors au gouvernement dans l’Empire Ottoman, scellait le destin des Arméniens d’Anatolie. Accusés de complot au profit des Russes, alors que la Turquie venait de s’engager dans la Première Guerre Mondiale aux côtés de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie, plus d’un million d’Arméniens ont été victimes entre 1915 et 1916 d’une politique de déportations et de massacres.

Eléments du débat: « L’Allemagne, qui a profondément reconnu la Shoah (…) s’est grandie »

Une fois de plus, la sphère politique s’intéresse de près aux points historiques brumeux. Déposée par l’opposition socialiste, la proposition de loi rendant passible de prison la négation du génocide arménien a été adoptée à une large majorité: 106 voix pour et 19 contre. La majorité des 577 députés étaient cependant absents au moment du vote, salué par des applaudissements. Ce texte complète une loi de 2001 qui avait déjà marqué la reconnaissance du génocide arménien.
Ce vote a immédiatement suscité la colère d’Ankara et la réprobation de Bruxelles. En effet il porte un « coup dur » aux relations franco-turques, a assuré le ministère turc des Affaires étrangères dans un communiqué, selon lequel la France « perd malheureusement sa position privilégiée au sein du peuple turc ». Avant le vote, la Turquie avait brandi la menace de représailles économiques.
Il a été aussi critiqué par la Commission européenne, selon laquelle ce texte peut « empêcher le dialogue pour la réconciliation » entre la Turquie et l’Arménie. Bruxelles y voit en outre un obstacle au dialogue avec la Turquie au moment où celle-ci frappe à la porte de l’Europe.

Au sein de la classe politique française, le débat divise, faisant fit des traditionnels clivages politiques.
Ségolène Royal approuve la proposition. « Notre conviction, c’est que dans la situation de déni complet, il faut le choc d’une telle loi pour faire bouger les choses », a déclaré son porte-parole Jean-Louis Bianco. D’autres comme Jack Lang la rejettent, estimant qu’elle « irait à l’encontre de la liberté d’expression ». Daniel Cohn-Bendit, co-président du groupe des Verts au Parlement européen, a appelé les députés français à retirer le projet de loi qui infligerait un « revers important » aux efforts de la Turquie et de l’UE pour promouvoir la démocratie.
A tel point que Christine Lagarde (Commerce extérieur) a estimé mercredi que « clairement, on est en train de faire de cet enjeu économique pour la France, une cause électoraliste qui ne (lui) paraît pas justifiée ».

Le vote ne signifie cependant pas que la loi va forcément entrer en vigueur: le texte doit encore être adopté par le Sénat, avant une deuxième lecture. Les groupes politiques pourraient alors décider de ne pas l’inscrire à l’ordre du jour afin de ne pas envenimer les relations avec Ankara.

Au-delà de la question idéologique, se profile l’enjeu électoral, extérieur en théorie au véritable problème de fond. En France, la communauté d’origine arménienne, est estimée à 500.000 personnes. Elle représente un électorat non négligeable à quelques mois des élections de 2007. 2006 est d’ailleurs l’année de l’Arménie en France.

Hasard du calendrier, ce vote est intervenu le jour de l’attribution du prix Nobel de littérature au romancier Orhan Pamuk, critiqué en Turquie pour avoir pris la défense de la cause arménienne.

Les politiques peuvent-ils légiférer en matière d’histoire?

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