L’affaire Zemmour se transforme en débat d’opinion.

Le 6 mars dernier, le journaliste politique du Figaro et chroniqueur télé des plus controversés, Eric Zemmour a dérapé une nouvelle fois en déclarant que « Les Français issus de l’immigration sont plus contrôlés que les autres parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes… C’est un fait ».

 

Les réactions ne se font pas attendre : à peine l’émission d’Ardisson terminée, le CSA mets en demeure Canal + pour avoir encouragé un comportement discriminatoire et transgressé les valeurs de la République, s’en suivra un dépôt de plainte de la Ligue contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) et une menace de licenciement de la part du Figaro pour lequel Eric Zemmour écrit depuis déjà une dizaine d’années. La presse monte au créneau, les avis fusent de toutes part, chacun semble devoir se positionner sur la question. D’un côté les outragés s’indignent. Alors que le débat sur l’identité nationale continue à faire rage, certains y voient la démonstration d’une stigmatisation raciale devenu quasi systématique. Eric Zemmour ne s’appuie que sur des conclusions hâtives en occultant volontairement les facteurs alentours qui participeraient à une explication davantage réfléchie sur la question. Ainsi, même si l’avocat Philippe Bilger confirme les faits imputés par Zemmour, il apparait très réducteur et même dangereux de les ramener à une cause raciale ; ce genre de discours ouvrant les portes à toutes les dérives.

 

Face à cette contestation, d’autres préfèrent se détacher de l’impact d’un tel propos pour dénoncer une politique de pensée unique qui agace bon nombre de journalistes fervents défenseurs de la liberté d’opinion. Ainsi, malgré les assimilations faites entre les opinions de Zemmour et celles de l’extrême droite, une bonne partie de la presse de gauche n’hésite pas à défendre le chroniqueur en déclarant vouloir le sauver des griffes des biens pensants. Exprimant leur désaccord sur le fond, le quotidien Libération et le mensuel Marianne préfère tout de même prendre le parti de la pensée voltairienne « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire ». Quoiqu’il en soit, Eric Zemmour qui au même titre que l’humoriste Stéphane Guillon se réjouit de la mécanique de la provocation comme fond de commerce, a réussi à s’imposer sur le paysage médiatique français. Ses livres se vendent sans problème, sa présence fait monter l’audimat, ses déboires font la une et ça les médias l’ont bien compris. On ne s’étonnera donc pas du retournement de veste du Figaro revenu récemment sur sa menace de licenciement. Zemmour pourra donc continuer à se complaire tranquillement du crédo : « mieux vaut provoquer la haine que l’indifférence ».

Agnes

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