Le Monde sauvé par le trio BNP

La situation de la presse écrite est de plus en plus critique, surtout en France. Avec une nouvelle génération peu adepte des quotidiens, les journaux français se portent au plus mal. Le Parisien est en vente, Libération au bord de la crise de trésorerie et La Tribune est en pleine recherche d’investisseurs. Mais celui qui pâtit le plus de cette crise de la presse écrite, c’est le quotidien emblématique Le Monde. Avec 100 millions de dettes accumulées, le journal s’est retrouvé dans l’impossibilité de pouvoir payer ses salariés pour le mois à venir. Contraint de trouver de nouveaux investisseurs, Le Monde vient de prendre sa décision : l’actionnaire majoritaire est désormais le trio BNP : Pierre Bergé, Xavier Niel, Matthieu Pigasse.

Tous les trois passionnés par la presse, grands mécènes des médias français, ils se sont toujours attachés à soutenir la presse dès que possible. Pierre Bergé a apporté son soutient plusieurs fois à la presse de gauche en finançant notamment le lancement du Courrier International (du groupe Le Monde), du magazine Têtu et en entrant au capital de Libération en 2009. Fondateur de Free, Xavier Niel, passionné par la presse web a, quant à lui, investi dans plusieurs sites d’informations : Bakchich, TerraEco, Mediapart. Et Matthieu Pigasse, le banquier le plus rock’n roll, s’est récemment offert le magazine Les Inrockuptibles.

Ils se disent prêt à injecter 110 millions d’euros dont 10 millions dès cette semaine. Une décision historique pour le quotidien qui perd la majorité de son capital puisque ces nouveaux actionnaires vont en détenir environ 64%.

Le journal de haute qualité était particulièrement convoité. Le président Nicolas Sarkozy n’a pas hésité à mettre son grain de sel en soutenant l’appel d’offre de Claude Perdriel (Nouvel Obs) associé à France Télécom et Prisa (groupe de presse déjà actionnaire du groupe Le Monde) et en affirmant son hostilité envers l’offre du trio BNP clairement affiché à gauche.
Un rapprochement douteux du gouvernement qui a fait pencher la balance vers Bergé-Niel-Pigasse par soucis du « maintien de l’indépendance ». Le vote des salariés s’est avéré décisif, puisque les journalistes avaient voté en majorité pour ces derniers. Cette décision d’entrer exclusivement en négociation avec eux repose surtout sur le fait que le journal pourra tout de même conserver tous ses droits de décision et son droit de veto sur la nomination du directeur du Monde.

Le quotidien a tout de même tenu à saluer, dans un article publié sur son site, Claude Perdriel, qui, bon joueur dans l’affaire, a retiré son appel d’offre pour ne pas s’imposer face aux journalistes : 

 « Avant toute chose, il convient de saluer le geste particulièrement élégant de Claude Perdriel, qui, allié avec le groupe espagnol Prisa et l’opérateur Orange, avait construit pour Le Monde une offre à la mesure de son attachement pour notre maison. Si cette candidature n’a finalement pas été choisie, chacun a pu mesurer le sens aigu des intérêts de notre groupe démontré par le fondateur du Nouvel Observateur.
Après avoir annoncé son retrait, Claude Perdriel a apporté son vote au trio Pierre Bergé, Xavier Niel et Matthieu Pigasse, avant de prendre congé de notre conseil. Qu’il trouve à travers ces quelques lignes l’expression de notre reconnaissance pour ce qu’il a apporté au Monde, sans que jamais son esprit d’indépendance soit pris en défaut. »


Le journal est donc sur la bonne voie pour s’en sortir. Cependant, il reste encore à établir un projet de relance concret. Celui-ci s’orienterait vers un rapprochement des rédactions écrites et internet, vers la création d’une synergie entre les deux supports. En attendant, le Conseil de Surveillance s’occupera de la transaction qui devrait aboutir fin septembre, début octobre.

 

 

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