Le Secret de Brokeback Mountain

Ang Lee rafle de nombreux prix avec ce film, magistralement interprété par les deux acteurs principaux: Heath Ledger et Jake Gyllenhaal.
Le thème abordé dans ce film est l’amour naissant entre ces deux hommes, ces deux cow-boys isolés plusieurs mois dans la montagne à garder des moutons.
A croire que l’isolement sexuel les aurait rapproché. Et cela serait un raccourci un peu rapide. Jack semble en effet avoir des tendances homosexuelles peu prononcées, tendis qu’Ennis apparaît comme un brave hétéro typique, aux moeurs américaines irréprochables du futur fiancé bien comme il faut, qui se marie à l’église. Mais peu à peu, dans le film, Ennis va cracher sur les « baigneurs du bénitier », rongé par la culpabilité de son amour interdit vis à vis des moeurs américaines de 1963. Moeurs qui ont la vie dure puisqu’elles dominent encore une bonne part de la mentalité « Etatsunienne ». Ces moeurs ne sont d’ailleurs pas beaucoup évoquées, sauf par la femme d’Ennis qui parlera de « Jack le dégueulasse »; mais aucun des deux jeunes hommes ne parlent d’amour. Les termes roses ne sont jamais évoqués, et ceux peut être parce qu’il y a cette peur d’être assimilé à la « tapette » (qui a bon dos), d’être confronté à soi même et à la société américaine.

Heath Ledger et Jake Gyllenhaal, beaux et bien foutus, campent assez bien leurs rôles respectifs. Rôles qui se différencient peu a peu, dans le sens où Ennis est moins pris par ses sentiments que Jack, totalement enfoncé dans l’abyme de sa dépendance au sexe et à l’amour d’Ennis.
Pourtant leurs rôles se mélangent dans leurs élans passionnés. C’est Jack qui désire Ennis; leur premier baiser est presque un combat, où c’est Jack qui gagne quand Ennis le sodomise « avec passion ». Jake Gyllenhaal est beaucoup moins beau avec sa moustache. (A bas les poils).

Leurs mariages respectifs soulignent leur séparation après Brokeback Mountain. Leurs retrouvailles sont, elles aussi, très « passionnés ».
Ces mariages, on s’y attendait, tournent au vinaigre de façon assez pathétique. Banale presque.
Et c’est surement là, le défaut du film: la banalisation de leur histoire, la « vulgarisation » de leur secret. Lorsqu’ils se revoient régulièrement à Brokeback Mountain pour passer quelques nuits ensemble, la relation entre Jack et Ennis devient presque monotone, tant et si bien que la fin ne dégage presque aucun sentiment. Pour ma part, en tous cas, j’aurais préféré que la force et la passion du chagrin final soient si forts qu’on ait un pincement au coeur de ne pouvoir nous même modifier la pellicule en Happy End.
Le début de leur relation est beau. Peut être parce qu’il y a une sorte d’assimilation. C’est presque « frais » de redécouvrir les mots, les gestes, les « sentiments » qui parfument les premières fois. Si vous voulez, il y a une réalité là dedans qui pousse presque au souvenir, qui a presque un aspect tactile, tiroir vers ce qu’on se rappelle, ou ce que l’on peut entrevoir, ressentir à leur place. Et c’est là que c’est réellement émouvant. Et peut être cela qui aurait du continuer.

Ang Lee aborde ainsi un thème de moins en moins rare au cinéma. Un mélo doux, et sobre. Si l’on peut trouver que la fin pèche un peu, il ressort pourtant de ce film une réflexion personnelle sur le sujet, sur la liaison que l’on peut entretenir et surtout sur les occasions manquées.

Sortie le 19 Juillet 2006 en DVD: à ne pas manquer!

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