Le Sentier: pour les boutiques qui jouent la carte de la mode à prix modérés

« Il faut laisser sa chance au produit ». Nous avons tous entendu cette phrase dans le film de Thomas Gilou, La Vérité si je mens. C’est aussi la devise de la plupart des fournisseurs de ce quartier des 2ème, 3ème, 10ème et 11ème arrondissements de Paris où l’on essaye de nous vendre le produit dernier cri, aux matières et aux couleurs du moment. Dans ce quartier qui est de nos jours en partie déserté par les Ashkénazes, où les Séfarades ont pris le monopole, mais où s’est également installée une grande communauté asiatique, les commerçants des quatre coins de l’Europe viennent acheter les modèles dont les boutiques ont besoin afin d’être dans le coup.

Savoir jouer la carte de la mode. Le Sentier n’est pas le reflet de la mode du luxe. Gaultier, Lacroix et Valentino sont là pour ça… Ce n’est pas non plus le reflet du prêt-à-porter industriel, dont les entreprises sont conseillées par les fashion groups qui déterminent les formes, les matières et les couleurs de collection de la saison en fonction des évolutions de la population. Le Sentier, c’est la « mode de la rue »: les tendances sont choisies par les femmes, les clientes qui font la mode… Il faut d’ailleurs savoir que les fashion groups commettent parfois des erreurs: l’hiver dernier, ils ont envisagé le kaki comme couleur tendance. Malheureusement, le chocolat l’a emporté… et les grandes boîtes de prêt-à-porter essayent de vendre leur stock de kaki.

Une convivialité sans égal. Le Sentier, c’est avant tout des affaires de familles peu structurées: il n’y a pas de hiérarchie. La réaction est plus rapide et les réassortiments immédiats. Sans cette population séfarade, ce quartier serait sans doute bien triste… En effet, les fournisseurs sont avides de clients à tel point qu’ils sont capables de nous accoster dans la rue: « les collections de cette saison ne sont pas transcendantes! » s’exclame une commerçante venue de l’autre bout de la France. Une jeune femme qui marchait devant elle se retourne alors: « Vous n’êtes pas venue chez nous! Passez demain… Nous discuterons les prix entre nous… » lui dit-elle en achevant son intrusion par un charmant clin d’oeil…

A la quête du produit « in ». Certaines commerçantes font irruption chez leurs fournisseurs et les implorent de leur vendre « la fringue dans le coup ». Les fournisseurs jubilent alors à l’idée de leur céder toute leur marchandise en qualifiant le moindre bout de tissu de « best seller »… D’autres se rendent chez les fournisseurs les plus convoités et demandent l’exclusivité. Ainsi les commerçantes d’une même ville se jalousent-elles les unes les autres et sont angoissées à l’idée de retrouver les mêmes modèles chez leurs concurrentes…

Le quartier sera donc très animé lors de la rentrée dans le monde du textile. La parisienne froide, pressée et stressée d’habiter la capitale se métamorphose en une jeune femme souriante, sûre de vendre à sa clientèle le plus de marchandise au meilleur des prix. Heureusement pour les commerçants – mais malheureusement pour les habitants de la capitale – les fournisseurs ne vendent qu’en gros, sauf à s’y rendre en fin de journée, quand les négociations sont envisageables. La formule de politesse n’est d’ailleurs plus « bonjour! » mais « Nous ne vendons pas au détail! »…

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