Le trash sublime de Charles Bukowski

Exerçant d’abord les métiers de postier, magasinier et d’employé de bureau. Il accède à la littérature à l’âge de 24 ans. Après une longue période où il enchaîne les petits métiers, il entame une collaboration avec le journal anticonformiste « Open city ». Un des écrivains les plus prolifiques. Son œuvre se compose de 45 ouvrages de poésie et de prose. Bukowski est un marginal. Son monde n’est pas celui des discussions de cafés littéraires. Mais plutôt l’univers des vagabonds et des ivrognes. Il décrit avec violence la société américaine. La prééminence de l’argent, la morale hypocrite. L’originalité de Bukowski se tient dans sa capacité à d’écrire les détails d’une façon réaliste et brutale. Un ton cru qu’il emploie pour parler de thèmes comme la misère et la solitude. Sarcastique et brutal. Des histoires au cynisme parfois malsain. Pourtant toujours porteur d’une certaine lueur d’espoir. L’ordinaire devient extraordinaire. Le banale devient passionnante. Sans limite presque. La cruauté dans toute sa banalité.

Il publie la plupart de ses poèmes dans des brochures à tirage confidentiel. Il mêle l’absurde et le choquant. L’ordinaire et l’émouvant. Une poésie expérimentale L’amour est un chien de l’enfer (1977) ; Viande de cheval (1982). Des romans aussi, Postier (1971) ; Women  (1978) ; Souvenirs d’un pas grand-chose (1985).   Le ragoût du septuagénaire (1990) ou la médiocrité ordinaire prend tout son sens. Et son dernier roman Pulp (1994) rend hommage aux polars. Des nouvelles comme Mémoires d’un vieux dégueulasse (1969) dont le titre est équivoque. Ou encore Contes de la folie ordinaire (1972). Consécration du mythe du contres-héros. Des récits plutôt trash pour une critique sociale des sociétés modernes. Ce dernier a été adapté au cinéma par Marco Ferreri (avec Ben Gazzara et Ornella Mutti). Au sud de nulle part (1973) au caractère plus qu’autobiographique. Racontant la vie d’un vieux poète alcoolique.
L’ensemble de son œuvre est compilé en trois volumes de la collection Bibliothèque Grasset : Contes et nouvelles (2003) ; Œuvre romanesque (2005) et Mémoires et poèmes (à paraître en 2007). De quoi envahir votre esprit de lubies bukowskiennes.

Le style de Bukowski ne fera pas l’unanimité. Un vocabulaire parfois très vulgaire. Des descriptions érotiques assez crues. Une littérature qui peut choquer à l’image de l’homme. Très influencé par les écrivains de la « Beat Generation » (Allen Ginsberg et Jean Kerouac en autres). On le considère d’ailleurs comme appartenant à la seconde vague de ce mouvement. Mais Bukowski trouve son inspiration dans sa propre existence.  Il décrit ses débuts difficiles, son alcoolisme, ses bagarres d’ivrognes. Ses souffrances et ses désespoirs. Des personnages, à son image, hantés par la tristesse de leur vie, capables de réactions absurdes et incontrôlées.

Les rares écrivains que Bukowsky respectait ont joué un rôle important dans sa façon d’écrire. Giovanni Boccace à propos du sexe dans la littérature. Albert Camus et sa vision de L’étranger.  Céline qui est pur lui « le plus grand écrivain depuis 2000 ans ». D’autres comme Dostoïyski, John Fante, Hemingway. Jean Kerouac, « l’un des rares génies de la vraie poésie contemporaine. Sans oublier les nouvelles de Tourgueniev.

Barfly réalisé par Barbet Schroeder retrace la jeunesse et les premières amours tumultueuses de l’écrivain. Bukowski vue en partie par lui-même puisqu’il est le scénariste. Un casting impressionnant pour rendre hommage à l’homme : Mickey Rourke, Henry Chinaski, Faye Dunaway, Wanda Wilcox. En 2003, un documentaire rend hommage à l’écrivain de génie. Bukowski : Born into this réalisé par John Dullaghan. Ses écrits sont indélébiles dans la littérature américaine de l’après-guerre.

 

Un écrivain atypique qui écrivait aussi vite qu’il descendait les canettes de bières. Des œuvres pleines de sens malgré leur absurdité apparente. Mise en perspective cynique des malheurs de la vie. Sacralisation du sexe dans sa forme la plus épurée. Des morceaux de vie entrechoqués retranscrits par l’un des plus grands écrivains américains de la seconde moitié du XXe siècle. Underground avant tout. Il meurt le 9 mars 1994 à San Diego.

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>