L’Homme sans âge – F.F.Coppola

Coppola, on précise Francis Ford car la famille a d’autres membres illustres, c’est un monstre sacré du cinéma américain. De la trempe d’un Scorsese, ou d’un Lucas. C’est la trilogie du Parrain (Godfather), ou encore l’épique Apocalypse Now pour ses oeuvres les plus connues. Cela faisait 10 ans qu’il n’était plus repassé derrière la caméra, depuis L’Idéaliste exactement. Désormais il faut à nouveau compter sur lui. Il pensait revenir avec un projet gargantuesque, Megalopolis, mais les aléas du métier en ont décidé autrement. Il adapte donc un récit de Mircea Eliade, auteur d’origine roumaine et spécialiste des langues, qui place son intrigue dans la Roumanie de 1938, à l’aube du second conflit mondial. Dominic Matei est un vieux professeur de linguistique, il est frappé par la foudre et rajeunit miraculeusement. Ses facultés mentales décuplées, il s’attelle enfin à l’oeuvre de sa vie : une recherche sur les origines du langage. Cette quête est rythmée par des péripéties telles que l’intérêt des nazis et de américains pour le génie rajeuni, ou la rencontre de ce dernier et d’une femme qui lui rappelle étrangement un amour perdu. Dominic Matei est interprété par un Tim Roth brillant (on l’avait découvert dans Reservoir Dogs de Tarantino). Il est malmené par des hallucinations et l’apparition d’un double. Un double qui n’est ni maléfique ni un mauvais génie, mais plutôt un parasite. On pense bien évidemment à ce moment à Kurtz dans Apocalypse Now. Si l’ensemble est bien tourné, et le montage maîtrisé, le film s’égare parfois dans le grotesque, dans un excès de kitsch plutôt naïf. C’est le cas dans l’élaboration des nazis ou du savant fou, totalement stéréotypés sans grande créativité.

A 68 ans, F.F.Coppola joue la carte du conte philosophique. Il ressuscite ses thèmes favoris, le temps et l’éternel retour, thèmes qui semblent bien proches du réalisateur. Son émancipation d’Hollywood se ressent (il vit à San Francisco) et reste sûrement un atout du film. Il nous livre une oeuvre imprévisible et déroutante qui demeure, à défaut d’être convaincante, intéressante.

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