Ludéal – Allez l’amour

Parfois, un disque laisse pantois. Fin 2007, la critique reste bouche bée devant le premier album de Ludeal. Talent d’écriture, richesse de la voix, fulgurance des images, tout fait lâcher les superlatifs : « Magnifique ! Superbe ! Génial ! » C’est ce qu’on appelle un succès d’estime.

Deux ans plus tard, Ludeal est de retour. Mais le rocker aux crépuscules poivrés s’aventure dans un territoire plus diurne. Il a voulu un disque plus généreux, plus transparent, mais conservant une part d’onirisme.


Il connait les raccourcis brillants qui font les grands singles, comme « Allez l’amour » qui donne son titre à l’album. L’évidence pop et un je ne sais quoi de cérébral, la chanson à écouter compulsivement sur son lecteur MP3 et le plaisir des doubles sens et des mots détournés. « Aujourd’hui, je ne commence pas en écrivant le texte. Il arrive qu’un mot ou qu’une image descende tout seul du ciel, mais il faut que j’ai ma guitare pour écrire. Il faut que les mots entrent dans la mélodie, que leur consonance vienne avec les riffs de guitare » explique t il.

Très vite après le premier album, dès l’été 2008, les nouvelles chansons sont écrites, maquettées, pré-produites. Un son à la fois intime et ample, avec de la chair et de la précision – des couleurs qui tranchent avec beaucoup de productions françaises du moment, dont le son laisse croire que les huissiers attendent à la porte. Il a semé ses chansons d’allusions à l’Afrique du Nord – des babouches, des chameaux, la médina… « J’aime voyager, mais plutôt en cartes postales. J’avais parlé tant et plus de l’Amérique dans le premier album et, pour celui-ci, j’avais envie de sable, de chaleur, de lenteur, de mystère.» Ces atmosphères de touffeur et de ciel fort conviennent bien aux nouveaux textes de Ludeal, dans lesquels l’amour est souvent au centre de tout. Sensualité, désespoir, désir, nostalgie, manque, satiété : il y a là tous les états de l’amour, passion polymorphe qui effare, effraie, comble, sidère, angoisse, exalte.

Ces panoplies de l’amoureux ont souvent été endossées, mais rarement avec un tel sens du réel sous l’écriture poétique. Car l’enjeu est sans doute là, pour Ludeal : dire dans ses chansons la réalité du cœur sans perdre l’ivresse du verbe, dire la part d’indicible que nous retrouvons tous dans nos vies amoureuses, mais sans lui enlever son mystère. A ce grand jeu des voiles et des dévoilements, des secrets partagés et des impudeurs discrètes, il se révèle de première force. Comme si la Pléiade venait habiter le rock.

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