Miracles et prodiges

Qu’est ce qu’un miracle? Qu’est ce qu’un prodige? Quelle différence y a-t-il entre les deux?

-Un miracle est, étymologiquement, « une chose étonnante », admirable, étrange, merveilleuse – merveille et miracle ont d’ailleurs des racines communes. Mais miracle a pris le sens religieux, pour les chrétiens surtout, d’un « fait ne s’expliquant pas par des causes naturelles et attribuée à une intervention divine ». C’est ainsi que l’histoire de la chrétienté abonde en miracles, fidèle en cela aux faits relatés par l’Ancien Testament où Elohim (ou Yahvé) apparait, se manifeste, punissant ou sauvant son peuple, selon le cas, durectement ou par l’intermédiaire de ses prophètes ou de ses anges. Cepndant, dans l’acceptation chrétienne, le miracle est toujours le produit d’une bonne intervention divine. La main de Dieu ne pèse plus; elle apaise, soulage, libère.

-Un prodige est, au sens éthymologique, un « signe prophétique ». Il pouvait tout aussi bien être merveilleux, miraculeux, que monstrueux ou assimilé à un fléau. Mais tandis que miracle prenait le sens que nous savons, prodige devenait, au sens propre, « ce qui tend au miracle ». En d’autres termes, il ne pouvait, lui aussi, résulter que d’une intervention divine. En fut-il toujours ainsi? Non. En voici une preuve historique qui va aider à comprendre comment nos ancêtres regardaient ce que nous voyons toujours aujourd’hui – le Ciel, la Terre, la nature, le surnaturel -, avec des yeux attentifs et curieux, avec surtout cette capacité d’émerveillement et d’enchantement que nous avons beaucoup perdue et qui nous manque tant, avec aussi un esprit observateur et déductif d’une grande acuité!

=> Pour illustrer nos propos, citons Jean Bottéro: « Les anciens Mésopotamiens étaient persuadés que le monde ne s’explique point par lui-même et, pour en rendre raison, ils s’étaient vus contraints de poser des personnages surhumains qui avaient dû le fabriquer et qui le gouvernaient [...] Et dans ce pays d’antique tradition écrite, où les décisions du souverain étaient régulièrement promul-guées par écrit, les dieux se devaient de fixer et de mémoriser de même l’expression de leur volonté. Comment? [...] lorsque les dieux produisaient, soit un être non conforme à son modèle, soit un événement singulier, inopiné, excentrique, ils manifestaient par là leur volonté d’annoncer une destinée également inhabituelle, et que l’on pouvait donc connaître, si on savait la déchiffrer à travers la présentation du phénomène anormal en question. [...] Tel était le fonctionnement de la divination déductive. »
Comme l’illustrent très bien ces propos, les anciens Mésopotamiens compilaient les prodiges, c’est à dire tous les événements sortant de l’ordinaire, remarquables, étranges ou monstrueux, qu’ils considéraient comme des signes avant coureurs révélés à eux par les dieux, pour les prévenir d’autres événements ou situations les concernant.
Ainsi, ce qui pouvait sembler contre nature ou surnaturel trouvait une explication rationnelle et logique, se justifiait, avait un sens.
Or, à bien y réfléchir, n’est ce pas un comportement similaire qu’adopte l’esprit scientifique aujourd’hui? N’y a t il pas chez les savants une volonté d’expliquer l’inexplicable, de décrypter et de maîtriser les mécanismes les plus subtils de la vie, les prodiges de la nature qui, dans le jeu immense et le vaste champ des probabilités, deviennent des phénomènes compréhensibles, justifiés et prévisibles? La seule différence – et elle n’est pas anodine, car elle implique une autre mentalité, c’est à dire une attitude mentale interventionniste et dominatrice qui est une des caractéristiques de notre civilisation technologique- réside dans le fait que l’ancien Mésopotamien admirait, s’émerveillait, respectait les prodiges de la nature auxquels il restait attentif, tandis que l’homme d’aujourd’hui, en les rationalisant et en leur donannt des explications logiques, les a occultés et exclus de sa culture.

Où sont les prodiges, où sont le smiracles de nos jours? Sur les écrans de cinéma ou de télévision? Toutefois, nous savons tous qu’il ne s’agit plus de prodiges ni de miracles, mais d’effets spéciaux réalisés par d’habiles techniciens…

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