Moins que zéro : reçu cinq sur cinq

Bret Easton Ellis n’a que 20 ans quand sort, en 1985, Moins que zéro. Il l’écrit pendant sa première année de fac et y inclut de nombreux éléments autobiographiques. Dès les premières lignes, il nous emmène dans un monde où la « hype » et l’argent font la loi, dans un monde où la drogue et le sexe sont parfois attirants, souvent pesants. On y trouve, comme le dit Frédéric Beigbeder, « des héros superficiels qui hésitent entre se tuer, regarder MTV ou reprendre un Valium ». Les faits y sont indépendants, épisodiques comme dans un feuilleton. Ils sont davantage liés par une impression et un sentiment que par une histoire, une ligne directrice.

Dans un roman marqué par un minimalisme et une monotonie volontaires, un défilé sans fin de personnages et de situations identiques (fêtes, défonce, sexe, discussions incompréhensibles), on a vite fait de se perdre. Mais Bret Easton Ellis réussit toujours l’exploit de nous repêcher et de nous tenir en haleine par sa narration à la puissance renversante, son style dépouillé et le rythme terrible qu’il impose. Au cours de l’œuvre, le héros prend peu à peu conscience de la décadence, de la violence et du non-sens du mode de vie -qui est le sien- de la sphère hollywoodienne. Par cet axe de réflexion, l’auteur se place sciemment dans le rôle d’un moraliste (bien plus que dans celui d’un nihiliste), critiquant un monde dont il est le pur produit avec une aise déconcertante.

Certains accusèrent à l’époque Bret Easton Ellis de cracher dans la soupe, et les jalousies concernant son succès précoce fut nombreuses. Mais d’autres eurent tôt fait de comparer Moins que zéro avec L’Attrape Cœur de Salinger, par le jeune age de leurs auteurs, leur succès populaire, ainsi que par un sens moral omniprésent. Depuis, Bret Easton Ellis a grandi et a écrit d’autres livres, créant ainsi un univers à lui. Il est aujourd’hui une valeur sûre de la littérature américaine, doublé d’un fournisseur de scénarii pour Hollywood, puisque tout ses romans ont été adaptés au cinéma. Un modèle suivit avec réussite par notre Beigbeder national.

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