Peut-on rire de tout?

Le rire dit-on est le propre de l’homme, de ce point de vue, il est universel, intemporel, et de toutes les civilisations. Rire, c’est un moyen d’échapper à la bétise, au mépris et à la décadance humaine. Mais c’est aussi, malheureusement trop souvent se moquer d’autrui.
Pour le philosphe grec Socrate, « on se réjouit des défauts des autres, en particulier q’ils n’en sont pas conscients ». Rien ou presque aujourd’hui n’échappe aux professionnels du rire et de la dérision. Mais certains sujets peuvent donner lieu à des dérapages, d’où la question: peut-on rire de tout? Rappelez-vous, en 1999, le comédien Patrick Timsit était poursuivi en justice par le père d’un enfant trisomique. Dans un de ses sketches, il assurait que « les mongoliens, c’est comme les crevettes roses, à part la tête, tout est bon. » Le comédien a par la suite regretté ces mots, se disant « profondément navré d’avoir blessé cette catégorie de personnes. »
L’idée que l’on ne peut pas rire de tout et de n’importe quoi est largement partagée par l’opinion. C’est ce qui ressort d’un sondage effectué par l’INSEE. Certains sujets ne peuvent prêter à l’humour ou à la dérision. 62% de français estiment que l’on ne peut pas se permettre de plaisanter au sujet des camps de concentration, de la faim dans le monde (58%), des personnes prises en otage (52%), de la mort (44%). Seuls 28% estiment que l’on peut rire de tout. Si l’on peut se moquer sans problème des hommes politiques ou de la politique en général, cibles favorites des humoristes, on le peut de moins en moins des grandes causes, des sujets sérieux (ou parfois lourds) comme la religion, les handicapés, ou la maladie.
La satire et l’humour doivent avoir des limites. C’est le point de vue de nombreux humoristes, même les plus radicaux. S’ils revendiquent le droit à la liberté d’expression, ils considèrent néanmoins que l’artiste doit trouver les mots qui, tout zen faisant rire, n’accroissent pas les discriminations, les souffrances injustes et inutiles. Comme l’a ennoncé Raymond Devos, « les limites de l’humour, c’est le respect de l’autre. » Car on ne peut pas rire de ce qui touche de loin ou de près les gens. Un comique qui dégrade des valeurs qui le sont déjà, tombe dans la vulgarité.

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