Pourquoi ecrire?

« Cataclop ! Cataclop ! »… Catalysant catins et claudiquants, rabattant les claquets, une cataracte de clapotis, cacophonie chaotique de quelques cohortes clopinantes, clairsemant l’horizon de caillots terreux ; semble scander du lointain quelques cataclysmes catastrophiques.
« Tchak tchak »… Fait le sabre qui se repaît de ses victimes…
« Flitch flitch ! »… Fait la tête de ses derniers qui l’auraient bien faite s’ils ne l’avaient pas perdu…

Déjà le village n’est plus que l’ombre de lui même, sombrant dans la lumière d’un feu ténébreux, celui semé par ses vaillants assaillants qui sont nombreux mais ce nomme HUNS !
Leur chef, le bien malheureusement connus Attila, devant ce travail bien fait, la larme à l’oeil, hurle ces quelques paroles à la foule de ces guerriers :
« Huns pour tous, tous pour les Huns !
Brûlez, pillez, saccagez, violez, faites ce que vous voulez pourvus que cela soit d’une ignominie peu recommandable ! »

Là, devant ce carnage, se dressant face à lui, le faciès ruisselant de larmes, un enfant dont la mère vient d’être sauvagement tué, prononce ces quelques mots :
« Espèce d’ignoble personnage sans fois ni lois, tu devrais savoir que faire du mal ce n’est pas bien, que tous ce paye et surtout que la vengeance est un plat qui se mange froid…  »

… De toute façon à l’époque il n’y avait pas de micro-onde, et même le cas échéants il aurait été dur de réchauffer la « vengeance » puisque l’électricité n’était pas non plus d’actualité… Pensa guillaume la tête entre les mains, un rictus nerveux aux lèvres.

« Scritch scritch ! ». Fait la feuille entre ces doigts.
« Flap flap » Fait elle ensuite, dans la corbeille, comme pour saluer ces congénères, jetées ici une à une par guillaume. Ecrivain ou tout du moins gratte papiers, cela fait des heures qu’il s’escrime à l’écriture de sa prochaine nouvelle.

Loin d’avoir le complexe de la feuille blanche, il y en avait même de quoi devenir raciste : tous ces papiers qu’il noircissait depuis ce matin et qui ne lui apportaient aucune satisfaction, étaient tout du moins objets à dépression.

« En ai-je marre de gagner de l’argent ? Pourquoi, avoir jeté cela, ce début ? Ca commençait certes à ressembler furieusement à un film hollywoodien campé par schwarzy, mais après tout n’est ce pas là ce qu’attend mon public ?
-… Lui répond la plume de son stylo.
-Allez il me faut reprendre l’écriture, cela fait au moins une cinquantaine de début de nouvelle que je jette, je fait ma crise de la cinquantaine ou quoi ?
-… La plume de son stylo ne demeure guerre loquasse.
-Un début d’amourette impossible entre Steven et John… l’entrée en matière musclé d’un roman d’espionnage avec un bel étalon cynique et romantique… une nouvelle fantastique sur le voyage dans le temps, avec la survie de l’humanité à la clé… l’introduction pleine de suspens d’un polar noir plantant un privé macho et solitaire… le début d’une voyage dans les turpitudes psychologique d’un ambiguë skisophrène… Alala mon imagination se perd dans des lieu communs, ma tête est plongé dans un océan de fades histoires aux enjeux éculées. Mais où est il passé ? »

Le talent, son talent, ne répondit pas… Le problème n’est pas qu’il n’en eu jamais eu, mais bien qu’il en avait eu… avant. Depuis il avait fait fortune. Grâce à lui certes. Mais s’il est vrai que l’on ne vend pas la peau de l’ours avant de l’avoir tué, c’est à dire sans l’avoir encore ; il est d’autant plus vrai qu’on ne vend pas la peau de l’ours sans la perdre. Et parce qu’il avait eu du talent dans sa tendre jeunesse, un bienheureux talent tout aussi éphémère, l’en voilà dépourvu. Il avait marchandé son talent, fait fortune en le marchandant et d’un petit succè qui le fit connaître le voici doté du statut d’écrivain populaire. Seulement voilà en devenant populaire il devint surtout à la merci du peuple. Peuple lui fournissant de quoi vivre, lui se pliant à ses envies. Or on n’a jamais envie de ce que l’on connait pas. C’est comme cela qu’il était rentré dans la spirale de la banalisation, de la vulgarisation de son art qui est devenu marchandise, qui est devenu technique de nutrition « intellectuelle » de la masse si on peut se permettre cet abus de langage. Il s’agit plus ici de divertissement, de plagiat de ce qui a fait recette. Or quand on plagie on ne plagie guerre que la forme et non le fond ni l’essence. Et comme une voiture sans « essence » voilà que notre gratte papier avançait dans sa vie, c’est à dire en roue libre sur la pente du déclin. Enchaînant petite nouvelle commerciale sur grand roman « grand » public, merde sur merde, il accroissait sa renommé et son capital. Véritable énergie de pesanteur, voir cinétique pour sa voiture : « la réussite » qui peu à peu le précipite dans la nullité.

« J’en ai marre ! » S’exclame guillaume la tête entre les mains. « Marre de cette aliénation qu’exerce sur moi le public et sa reconnaissance. Marre de cet argent qui vient plomber jusqu’à ma plume et mon imagination. Certes j’ai débuté l’écriture avec une envie de réussite et de gloire. J’avais envie de me faire connaître, de montrer au monde que j’étais capable du meilleur. Seulement il c’est joué de moi ! Il m’a montré que talent et réussite ne font pas bon ménage, et qu’à vouloir plaire à autrui on ne se plait plus à soit même. Tout le monde est différent et chacun à ses goûts. Moi j’ai voulu plaire à tous ce monde de diversité et voilà que j’en oublie de comblé l’être le plus important : MOI. Mon égoïsme, celui qui m’a poussé à tout faire pour me satisfaire m’a conduit à me malmener. Triste mensonge que celui du succès, ce n’est pas nous que l’on fête, c’est la fête elle même que l’on met en exergue. Je ne suis que le pion de l’autosatisfaction de la masse. Je me suis vautré dans la gloire pour mieux salir ma réputation, comme tous cela me parait paradoxale… Mon talent n’était pas un simple don, c’était l’expression de ma personne, mon âme, maintenant que je m’aperçois que je l’ai vendu, le diable est bien loin et surtout bien trop nombreux.  »

Là dessus, du stylo qui restait impassible à cette crise de conscience il en fait deux morceaux. Puis excédé il va s’affaler sur son canapé puis allume la télé… C’est Conan le barbare qui passe, la scène de pillage de son village quand il était enfant vient illuminer les yeux de guillaume de fureur…
Il avait lui même il y a bien longtemps mis le feu à son village tué les racines de sa vie et le voilà devenu aussi brute et bête qu’un Schwarzy sur le retour.

Seulement voila, son malheur avait de vicieux que l’on ne signe pas de papier pour la mort de son talent, de son intérêt à vivre, de son âme… Et comment ne pas paraître fou quand dans une villa en bord de mer, d’une valeur inestimable, l’on se met à en détruire chacun des murs, chacun des meubles, jusqu’à la bonne et l’homme à tout faire.

Dans toutes les bonnes librairies on peut désormais se procurer un livre intitulé « éloge de et par la démence » récit déluré d’un écrivain à succès devenu fou interner à vie pour meurtre.

Comme quoi il avait tort. Le talent ne meurt pas. Seulement il ne se vend pas impunément et il est très rancunier.

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