Procès Colonna : la France en plein doute

 

En février 1998, le préfet Erignac est assassiné de trois balles dans la nuque à bout portant, rue Colonna-d’Ornano, à Ajaccio. Un crime très vite revendiqué par des nationalistes corses et qui marque le début d’une grande enquête dans un environnement solidaire de la cause indépendantiste. La piste nationaliste est prise au sérieux car les revendicateurs donnent des précisions sur le dossier, comme la provenance de l’arme du crime. Il s’agit d’un pistolet 9mm, dérobé à un gendarme lors de l’attaque de la gendarmerie de Pietrosella en septembre 1997. Des noms vont tomber, dont celui de Colonna, les interpellations se succèdent. Yvan Colonna prend la fuite le 23 mai 1999. Et il échappe à la police durant 4 ans. Pendant ce temps, son implication dans l’affaire se précise. En 2003, six individus sont condamnés et parmi eux, quatre dénoncent Colonna comme l’assassin. Enfin coup de tonnerre le 4 juillet 2003, Yvan Colonna est livré à la justice, celui qui porte le titre d’assassin présumé du préfet Erignac est finalement sous les verrous.

            Dès lors, le berger de Cargèse va demeurer impassible, se disant innocent mais conscient que sa « culpabilité a été érigée en vérité biblique », comme le montre l’intervention de M.Sarkozy au moment de son arrestation. Son procès dans cette sombre affaire s’est ouvert fin novembre, et durera jusqu’au 12 décembre à la cour d’assises spéciale de Paris. Les débuts de l’instruction sont consacrés à la découverte du personnage d’Yvan Colonna. À 47 ans, il est berger de profession, de père corse et de mère bretonne. Il se présente volontiers nationaliste, tout en niant le radicalisme de son patriotisme corse. Il semble même qu’il ait pris du recul avec la cause lors de la période mouvementée du début des années 1990. Sa compagne, Pierret Serrer dresse de lui un portrait de mari normal et père attentif tant pour le fils qu’elle a eu d’un premier mariage que pour leur fils aujourd’hui âgé de 17 ans.

            Le déroulement du procès est une succession de témoignages, pas toujours cohérents et favorisant la thèse de l’innocence du prévenu. Dans un premier temps, l’expert médico-légal Paul Marcaggi estime que le meurtrier devait être un homme de « haute stature », de taille similaire au préfet Erignac (soit 1m83), alors qu’Yvan Colonna ne mesure que 1m72.

Mais le véritable rebondissement intervient lors de l’audition du témoin principal, Marie Ange Contart. Cette dernière, passée à quelques mètres de l’assassin au moment des faits l’avait décrit comme un homme blond, avec une barbe de quatre ou cinq jours de même couleur. À la question de l’avocat de l’accusation, elle a répondu : « non, je suis formelle. Ce n’est pas Yvan Colonna que j’ai vu ce soir-là ». Si l’usage d’une perruque n’est pas à exclure, Yvan Colonna s’en tire pour l’instant très bien dans un procès que certains considèrent comme le « procès de l’année » en France. Un procès de plus en plus incertain quant à son aboutissement. Traduisant le sentiment général, Bernard Bonnet, ancien préfet et successeur de Claude Erignac a exprimé ses doutes sur la culpabilité d’Yvan Colonna, mercredi matin sur France Info. Le procès se déroulera les jours qui suivent, les témoignages des membres du commando déjà condamnés sont très attendus.

           

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