Solal – The Moonshine Sessions – Le clip

En France, la country n’a jamais eu bonne presse. Pourtant, d’Hank Williams à Johnny Cash, ils sont légions ces soi-disant paysans à se mesurer aux sommets de la musique américaine. Ne raconte-t-on pas que Charlie Parker, lui-même, savait en apprécier les subtilités. Un soir, alors qu’il avait mis de la country sur un juke-box dans un club à New York, quelqu’un lui demanda pourquoi il écoutait cette musique merdique. Il répondit : « The stories, listen to the stories ! » Des histoires éternelles, c’est ça la country. Des mélodies qui sonnent comme des évidences. La classe d’un Bill Monroe, la mélancolie d’un Neil Young, la profondeur d’un Johnny Cash, et tous les autres qui l’ont influencé… C’est cela que le songwriter & producer Philippe Cohen Solal aka $olal, jamais là où on l’attend, est allé chercher au coeur du Tennessee, au 3 Trees Studio de Nashville.

Question contre-pied, $olal n’en est plus à son coup d’essai : il s’est fait connaître sous d’autres identités (The Boyz From Brazil, Gotan Project), pour avoir osé aborder avec succès et inventivité les rythmes du Brésil et plus encore déboîter le pas du tango. D
es musiques racines, souvent sources de malentendus, tout comme la country. « A l’instar du tango, il y a un vrai challenge pour permettre à la country d’être réexaminée. Il y a tant de clichés qui collent à la peau de cette musique. » Et comme il ne fait pas les choses à moitié, avant d’enregistrer, il a fait un studieux voyage d’étude, enfourchant à l’été 2004 la six cordes pour aller à bonne école, prenant des cours de flat-picking au Maryville College, dans les Appalaches, et passant par Nashville pour repérer et s’imprégner des lieux. C’est là qu’il va rencontrer Bucky Baxter, « un pur hillbilly, un peu outlaw sur les bords, avec une grande culture musicale et une vraie ouverture d’esprit ».

Ce spécialiste de la pedal steel guitar a joué avec Bob Dylan, Steve Earle, Ryan Adams, Rem, entre autres. Il s’est même acoquiné aux Beastie Boys le temps d’un détonant “Country Mike’s”.

Il deviendra le co-réalisateur du projet, ouvrant son studio et son carnet d’adresses pour recruter les fines gâchettes et les subtiles voix qui hantent ce disque. Du bluegrass plein les doigts, des idées plein la tête, ce premier trip permettra à $olal de solidifier les bases qu’il avait posées, seul à Paris ou lors de ses longues tournées avec Gotan. Peu à peu il a noirci le projet, épaissi d’idées plus ou moins décalées. Il a aussi écrit les paroles, dans la grande tradition du storytelling. Il est alors temps d’y retourner, cette fois pour enregistrer, en décembre 2004, et complétera plus tard par une nouvelle session en septembre 2006. « L’alchimie s’est passée comme par magie ! Pendant les enregistrements, j’ai vraiment cru en Dieu. » Hasard ou coïncidence, tous les musiciens ou presque sont des Born Again… Tous en place, bien calés, quelques prises suffiront. Avec par-dessus, par en dessous, juste ce qu’il faut de post-production, de petites touches d’électronique malgré tout perceptibles sur les liaisons et interludes propices à installer le climat général, même si cette galette est constituée à 99 % d’ingrédients tout acoustiques. « Pourquoi mettre des effets quand tout fonctionne sans? J’ai essayé pendant un an de le faire, et je pense que c’était une impasse. De toute façon, il reste forcément des traces de mon passé électronique. »

Tous ces chanteurs et musiciens, issus de la scène alternative country et bluegrass de Nashville, sont au service de ce chapelet de douze chansons aux intonations de rédemption, découpées en deux faces comme au bon vieux temps du vinyle. Neuf originaux, deux reprises décalées et un traditionnel, pour une thématique. « Passer une heure à la campagne. » Ni plus, pas moins.
Avec tout le grain nécessaire, des ambiances captées sur place, des instants fugaces pris dans le vif, des interludes glanées dans les archives locales… « Je voulais travailler autour de l’idée de nature, à la fois euphorique et mélancolique. Ça fait plusieurs années que je rêve de campagne. D’autant plus qu’avec Gotan Project, j’ai fait la tournée des villes du monde entier. Ce disque, entièrement enregistré à la campagne, dans le Tennessee, est donc pour moi une façon d’y aller, et de la ramener chez moi. » Tel un antidote après l’urbanité du tango électronique pour celui qui dit tout simplement : « La country me fait juste du bien. »

Voilà sans doute le secret de ces Moonshine Sessions, du nom de l’alcool d’alambic auquel tous carburent. Ce disque s’écoute tout d’un bloc, comme on se délecte d’une lampée d’un Bourbon fait maison, en rien frelaté. Ça coule de source. Direct à l’âme. Qui a parlé de soul ?

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