Suède: le NON à l’Euro(pe)

Les suédois septiques

C’est « NEJ ». Plus de 18 ans après être entrée dans l’Union européenne, la Suède a dit non le dimanche 14 septembre 2003, à la monnaie unique. D’après les informations données par les médias, près de 51,8% des électeurs se seraient déclarés favorables au maintient de la couronne. Contre 46,2% en faveur d’un passage à l’euro. Ce qui reviendrait à enterrer pour au moins dix ans, toute adhésion du royaume scandinave à l’Union monétaire.
Le scrutin s’est déroulé dans un climat difficile, assombri par la mort d’Anna Lindh, ministre des affaires étrangères, grande figure du camp du oui et du parti social-démocrate, poignardée par un inconnu dans un grand magasin du centre de Stockholm. Malgrè l’émotion, les suédois ne semblent pas avoir été enclins à un vote de sympathie à l’égard du camp du oui.
Mais la question demeure entière: pourquoi « Nej »?
La principale motivation – ou absence de motivation – des partisans du non était la même qu’au référendum sur l’adhésion : démocratie et indépendance. Mais cette fois, l’économie semble avoir été un argument fort. Le fait que les partisans du non aient pu faire état du chômage et des restrictions budgétaires dans les grands pays de la zone euro a convaincu beaucoup de sceptiques de l’intérêt pour la Suède de gérer elle-même son économie. « Nous sommes allés au référendum dans un contexte qui n’était pas particulièrement favorable, puisque trois des grandes économies de l’Union (l’Allemagne, la France et l’Italie) souffrent d’une profonde récession et sont dans une situation économique difficile alors que l’économie suédoise est plutôt en bonne forme », souligne Göran Persson le premier ministre. En effet, les suédois ont craint que l’adoption de la monnaie unique menace leur système de protection sociale et l’Etat providence qu’est la Suède a déjà eu à souffrir de l’entrée du pays dans l’UE, ils n’ont donc pas voulu réitérer la chose.

Des conséquences

Le premier défi auquel le Premier ministre suédois aura à faire face est maintenant de commencer à parler de l’Europe à la population même en dehors des campagnes électorales et référendaires, car en temps ordinaire ce thème est totalement absent de la scène politique suédoise. Que la cinglante défaite du gouvernement Persson puisse conduire à la démission du Premier ministre n’avait jamais été envisagé, et après l’annonce des résultats, la question ne lui a même pas été posée. Avant le référendum, les rumeurs selon lesquelles le Premier ministre allait se défaire de plusieurs de ses ministres anti-euro allaient bon train, mais après la mort d’Anna Lindh, qui rend un remaniement nécessaire en tout état de cause, les supputations sur d’éventuels changements semblaient éminemment déplacées et se sont tues. Aujourd’hui, les pronostics sont à nouveau ouverts et tout le monde attend avec intérêt de voir quel sera le prix à payer pour avoir contribué à la défaite de Göran Persson sur une question aussi importante. Une autre incidence sur la politique intérieure a été notée immédiatement. Les gagnants du scrutin du 14 septembre sont les deux petits partis sur lesquels le gouvernement social-démocrate minoritaire s’appuie pour faire passer sa politique au Riksdag, le Parti de la gauche et les Verts. Tous deux étaient contre l’euro. En principe, ils devraient se trouver en meilleure position pour faire entendre leurs revendications, mais d’un autre côté, il n’est pas impensable que le Premier ministre se contente tout simplement de les ignorer. Parmi leurs premières demandes figurera le retrait du Pacte de stabilité et la négociation par la Suède d’une dérogation formelle à la troisième phase de l’UEM. Avant la consultation, Göran Persson avait traité les deux suggestions par le mépris et il est peu probable qu’il change d’avis. Céder à ces exigences soulignerait la situation épineuse dans laquelle la Suède se trouve en fait par rapport à l’Union européenne, puisqu’elle s’est engagée juridiquement à adopter l’euro. Jusqu’à présent, l’Union comme le gouvernement suédois ont fait mine d’ignorer le fait et Göran Persson ne tient pas à déranger ce fragile statu quo. Et sa position, malgré tout, est suffisamment forte pour lui permettre de mener la politique de son choix.

En dépit de sa non-participation à l’UEM, et de sa condition de «petit pays», la Suède arrivait en quatrième position derrière la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne. Mais le résultat suédois envoie un autre signal : les Britanniques vont d’autant moins se presser pour rejoindre l’UEM.

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