Yael Naim – New Soul – Le clip

«  C’est un rêve que j’ai failli abandonner en cours de route » dit Yael Naim de son premier album. Sans sa rencontre avec le multi instrumentiste David Donatien avec qui elle va s’y consacrer pendant deux ans, et qui l’illuminera de ses talents d’arrangeur et de réalisateur, ce projet serait d’ailleurs resté au placard. Car bien que dotée d’une voix à la pureté troublante, et d’une  agilité inouïe à composer, la chanteuse  israélienne aux longs cheveux de jais a longtemps tâtonné avant de réussir ce parfait recueil de ballades qui cheminent entre folk et pop, frugalité élégiaque et fantaisie multicolore. Si l’enfantement de ce disque fut long et plutôt douloureux, la naissance de son auteur en tant que personnalité artistique n’en apparaît que plus miraculeuse aujourd’hui, où dans ce domaine tout semble avoir été joué et chanté. Au point qu’avec Yael Naim, une musique simplement belle retrouve comme par enchantement sa grâce perdue.

Les Dix Commandements

Le réalisateur Elie Chouraqui l’engage pour jouer Myriam (sœur de Moïse) dans la comédie musicale Les Dix Commandement et puis la sollicite pour la bande originale de son film Harrison’s Flower… « J’ai hésité, pourtant je ne regrette pas d’avoir accepté car ce fut assez génial à vivre pendant 2 ans et demi ». Son premier album, In A Man’s Womb, enregistré entre Paris et Los Angeles, sort finalement en 2001. C’est un échec et pour elle : « une grosse déception  parce que j’avais tout quitté pour ça. J’ai soudain perdu beaucoup de confiance en moi, ce qui a conduit à  une nécessaire remise en question. » S’ouvre alors pour la jeune femme à la voix d’or une période plutôt plombée entre la désillusion de ce premier disque, la fin d’une histoire d’amour, et une carrière qui s’éparpille de projets alimentaires (une autre comédie musicale, Gladiateurs) en collaborations plus pointues (l’album de Ready Made Fc).

L’album

À l’origine cet album devait strictement s’appuyer sur la guitare et la voix. L’instrumentation y est minimaliste et pourtant très colorée avec l’apport de cuivres, du mellotron, du violoncelle et de quelques programmations. Enregistrées  dans l’appartement parisien de la jeune femme, ces 13 chansons contiennent une part du vécu de Yael, heureux (Endless Song of Happiness) ou mélancolique (Paris, Lonely). Certaines  comme Yashanti ou Lachlom plongent dans le rêve, d’autres tel Baboker s’abreuve dans la sérénité retrouvée au point du jour. Shelcha fait le constat d’un amour sans avenir.

La plus gonflée étant évidemment la reprise de Toxic de Britney Spears. L’ensemble ne témoigne d’aucun abus d’emprunt ni d’un marquage sonore exagéré, mais révèle au contraire une sincérité et une limpidité musicale absolues. En les découvrant, on s’étonne même que ces chansons puissent nous sembler aussi familières et pourtant naître pour la première fois dans notre oreille avec une beauté si nue et inédite.

Est ce en raison de la dominance de  l’hébreu, langue rarement chantée dans un tel contexte. Ou cette fraîcheur est-elle plus simplement exhalée par la personnalité de la jeune femme qui dans New Soul, mais en anglais et avec un optimisme des plus contagieux, découvre qu’elle est « une nouvelle âme, venue dans ce monde étrange, en espérant apprendre un peu. » ? « C’est qu’étant plus jeune je croyais sincèrement être une vieille âme réincarnée et l’on peut dire que j’en tirais même une certaine supériorité sur les autres. Mais comme par la suite j’ai tout fait à l’envers, j’ai dû conclure que c’était là sans doute mon premier passage sur terre et que je devais me montrer plus humble. » Sur Far Far, elle nous livre d’elle-même cette autre perspective, celle d’une petite fille  qui court après ses rêves mais ne peut les réaliser qu’en acceptant  son « joli bordel intérieur » (« beautiful mess inside »). Toute son histoire en somme et celle de ce disque tout simplement magique.

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